Arrivé dimanche en France via la Thaïlande, Sofiane Sehili est encore très éprouvé par ses cinquante jours de détention en Russie, suite à son entrée illégale sur le territoire alors qu’il tentait de boucler une traversée record de l’Eurasie à vélo. De retour à Paris, il revient sur les conditions de son arrestation, issue tragique d’un périple plombé dès le début par une cascade de problèmes, nous explique-t-il dans une longue interview.
Jeudi dernier, 23 octobre, un tribunal de la région de Primorié, dans l’Extrême-Orient russe, condamnait le cycliste français Sofiane Sehili, 44 ans, détenteur de plusieurs records d’ultradistance, à une amende pour « franchissement illégal de la frontière » avant de le libérer dans la foulée. La juge a estimé que le temps passé en détention provisoire valait paiement de l’amende (50 000 roubles, environ 530 €). Un soulagement qui met fin à cinquante jours de détention pour celui qui, parti début juillet de Lisbonne, comptait rejoindre Vladivostok via le Tadjikistan, la Mongolie et la Chine, dans le but d’établir un record du monde de vitesse. Un périple de plus de 18 000 kilomètres, en autonomie complète. Il en avait déjà parcouru plus de 99 % lorsque son itinéraire s’est heurté à une contrainte administrative : le poste-frontière qu’il visait, entre la Chine et la Russie, n’était franchissable qu’en bus ou en train. Sofiane Sehili avait néanmoins tenté de passer à vélo pour ne pas invalider son record. Puis il s’était rapidement présenté de lui-même aux douaniers, persuadé qu’ils le laisseraient passer — avant d’être immédiatement arrêté. Ce délit était passible d’une amende, voire d’une peine pouvant aller jusqu’à deux ans d’incarcération. Depuis Paris, où il est arrivé dimanche, il explique comment sa tentative de record a viré au drame.
Enfin libéré de prison, tu viens d’arriver en France, via un long et éprouvant retour…
Oui, je suis assez fatigué. J’étais déjà fatigué en sortant de prison, et plus encore après. Parti de Vladivostok, j’ai transité par la Thaïlande, car il n’y a évidemment plus de liaison entre la Russie et la France. Je n’étais pas en mesure de transiter par la Chine pour des questions administratives, il ne restait que quelques options : l’Ouzbékistan, le Vietnam et la Thaïlande. Je suis rentré seul, j’ai simplement été accompagné par mon avocate à l’aéroport, au cas où j’aurais eu des difficultés à sortir du territoire russe, pour expliquer pourquoi le tribunal m’avait libéré.
Tant que tu n’étais pas dans l’avion, pensais-tu que rien n’était acquis ?
Oui, bien sûr. Parce que c’était quelque chose que mon avocate avait négocié avec les enquêteurs de la cour. Ce n’était pas une procédure standard. A priori, ça allait être possible, mais au moment où je me suis présenté à l’aéroport avec mon avocate et la consule de France honoraire, je n’avais pas l’assurance à 100 % que ça allait fonctionner.
Pourquoi parler d’une procédure d’exception ?
C’est probablement dû au fait que mon affaire a été assez médiatisée ; le système judiciaire russe voulait sans doute en sortir par le haut. Je pense aussi que, dès le départ, j’ai entretenu de bonnes relations avec les deux enquêteurs des gardes-frontières. « Ce que tu as fait, humainement, on comprend. Mais après, la loi, c’est la loi. Et on doit l’appliquer », m’a dit l’un d’entre eux. Je pense qu’à partir du moment où il y a eu une forme de compassion par rapport à la situation dans laquelle j’étais, ils ont essayé d’avancer au plus vite avec mon avocate. Dès qu’on plaide coupable, tout va plus vite. D’autant que j’avais déjà effectué 50 jours de détention – une peine assez sévère par rapport à l’offense mineure que j’ai pu commettre.
Il n’y a pas eu réellement de procès. Simplement une juge qui consulte un dossier et qui ensuite rend une décision, comme aux États-Unis ou en Australie, par exemple. Elle s’est donc prononcée sur la base du rapport qui lui a été remis. Un rapport que je pouvais consulter, relatant les faits tels qu’ils se sont déroulés — sans mention de mon profil ni de mon palmarès — et le fait que j’avais eu un comportement exemplaire dans mon centre de détention.
Je ne suis pas dans les arcanes des services secrets ou des services d’enquête russes, mais la juge a dû considérer que je ne représentais pas du tout une menace pour l’État russe. Je n’avais absolument aucun lien avec le gouvernement français, j’étais simplement un sportif qui était allé trop loin et qui avait commis une erreur de jugement.
Si j’étais un espion, je ne serais pas un très bon espion. Je me suis présenté aux autorités trois kilomètres après la frontière, donc ça n’aurait pas été très malin. Après, ce qui a joué en ma faveur aussi, c’est que je n’avais jamais pris position contre le gouvernement, contre sa politique, ses décisions. J’ai toujours eu une réserve par rapport à ça. J’estime que ce n’est pas mon rôle en tant que sportif de m’exprimer sur la politique étrangère et que je n’en ai pas les compétences. Mais oui, si j’avais eu le malheur ou le manque d’intelligence — j’ai déjà fait preuve d’un certain manque d’intelligence en franchissant cette frontière illégalement — si, en plus, avant de rentrer sur le territoire russe, j’avais eu le malheur de prendre publiquement des positions critiquant la politique du gouvernement, je pense que ça aurait clairement rejailli sur ma sentence, sur mon verdict.
Peux-tu revenir sur le moment où tu décides de passer la frontière, malgré les risques ?
En fait, j’aime bien mettre une nuance : je ne décide pas de franchir la frontière illégalement, je décide d’essayer de franchir la frontière illégalement, et, pour moi, la nuance est importante, puisqu’au moment où je fais ça, je n’ai pas l’impression que je vais réussir à le faire. Il se trouve que, par des circonstances qui, à mon avis, sont exceptionnelles, j’ai réussi à franchir cette frontière illégalement, après avoir marché plusieurs heures dans les bois, et il se trouve que, une fois sur le territoire russe, c’est un peu comme si je m’étais réveillé dans un état second, dans lequel j’avais pris une décision extrêmement mal avisée, et que je m’étais dit que c’était très mauvais d’avoir fait ça, et que, potentiellement, si j’arrêtais les frais ici, je n’aurais pas de conséquences trop graves. C’est le raisonnement que j’ai eu quand je me suis présenté de moi-même aux autorités. J'ai fait preuve d’une certaine naïveté, mais, dans ma tête, je me suis dit : si j’y vais maintenant, c’est potentiellement moins grave que si j’essaye d’aller jusqu’à Vladivostok, et qu’au bout de 150 bornes, je me retrouve face à un barrage de police, et que là, ils se rendent compte que je suis sur le territoire illégalement, et que j’ai essayé d’éviter à tout prix d’être détecté.
J’ai essayé de leur faire croire que je n’avais pas fait exprès de pénétrer sur le territoire russe. Or, il se trouve qu’ils ont saisi mon GPS, mon téléphone, ma GoPro, qu’ils ont commencé immédiatement à étudier tout ça, et, du coup, à avoir des doutes sur la manière dont je présentais les faits. J’ai donc eu un premier interrogatoire le soir où j’ai été intercepté, et un autre le lendemain, 24 heures plus tard, où, là, ils avaient encore plus étudié mon profil. À ce moment-là, j’ai bien vu qu’ils savaient beaucoup de choses, et que c’était inutile de continuer à essayer de leur faire croire que je ne l’avais pas fait exprès, puisque ça ne tenait pas debout. J’ai donc décidé de dire la vérité, et, le lendemain, j’ai été officiellement arrêté ; on m’a conduit dans un commissariat où j’ai passé 36 heures ; ensuite, j’ai été présenté à un juge qui a décidé que j’allais passer le temps nécessaire à l’enquête dans un centre de détention provisoire. Immédiatement après, j’ai été conduit dans ce centre de détention provisoire, à mi-chemin entre l’endroit où j’ai franchi la frontière et Vladivostok. J’ai été incarcéré pour une durée qui était annoncée de 30 jours, qui a été prolongée, l’enquête n’étant pas bouclée. Elle s’est terminée finalement peu de temps après, au bout de 35 ou 40 jours. Le procès a été fixé au 23 octobre, et, ce jour-là, j’ai été jugé selon une procédure accélérée.
Dans quelles conditions as-tu été détenu ?
Le centre provisoire de détention est un bâtiment assez vieux, en assez mauvais état. On est dans une ville provinciale de 200 000 habitants, avec des installations au mieux rustiques et au pire délabrées. Mais sans la surpopulation carcérale qu’on pourrait voir en France, par exemple. Dans la première cellule où je suis resté 24 heures, par exemple, il y avait 10 couchages, des lits superposés. Potentiellement 10 détenus ; on était 8 dedans. Il y a des cellules qui sont en meilleur état que d’autres. Certaines sont vraiment très délabrées, d’autres sont OK. Et, dans la mesure où c’est un centre de détention provisoire, où les gens attendent d’être jugés, il n’y a pas de violence. Parce que si un détenu se retrouve à être violent, ça va ensuite se répercuter sur la peine qui va être prononcée à son encontre. Ce qui fait que les détenus se comportent globalement bien. Après, il peut évidemment y avoir des tensions. Entre détenus, moi, ça m’est arrivé aussi. Mais ça reste verbal. Il n’y a pas de danger qu’on s’en prenne physiquement à un détenu là-bas. Du moins, de ce que moi j’ai pu en voir.
J’ai quand même été dans quatre cellules différentes, avec, en tout, presque une centaine de personnes. Après, voilà. Le principal problème pour moi, c’est qu’on passe 24 h sur 24 en cellule. Et ça, c’est quand même assez compliqué de ne jamais aller dehors, de ne jamais voir le ciel, jamais sentir le soleil sur sa peau. Surtout pour moi qui venais de passer deux mois dehors. Je suis passé d’un extrême où j’étais dehors 12 à 14 h par jour, vraiment dans les éléments, à la détention. J'avais une sortie de la cellule par semaine pour aller à la douche. Et, le parloir avocat une fois par semaine. Je ne suis sorti de prison que deux fois, pour voir ma détention prolongée au tribunal, et pour qu’on me remette le rapport d’enquête.
À ton arrestation, comment réagis-tu ?
Au tout début, je ne suis pas spécialement inquiet parce que je suis bien accueilli. On me demande si je veux boire ou manger quelque chose. On m’apporte un repas. Les gens ont l’air plutôt détendus. Ils essayent de parler un petit peu avec moi, ce qui n’est pas évident parce qu’ils ne parlent pas anglais. Lors de la première demi-heure, je me dis que ça peut marcher, qu’ils pourraient me garder une nuit et me ramener à la frontière le lendemain en me disant : « la prochaine fois, faites gaffe ». Mais après, il y a d’autres enquêteurs qui arrivent. Je ne sais pas si ce sont des gens du FSB [ le principal successeur du FSK, lui même successeur du KGB soviétique] ou des gens de la police. À partir de ce moment-là, je commence à être inquiet. Là, on me dit que je vais aller en prison pour 48 heures et qu’ensuite je serai présenté à un juge qui décidera si je peux continuer en Russie ou si je suis renvoyé en Chine. Mais, après, quand je leur avoue que j’ai fait exprès, je comprends que les choses sont plus compliquées, plus graves, et que je vais rester longtemps. On m’annonce que c’est parti pour au moins un mois, le temps qu’on fasse une enquête et que je sois jugé. Là, évidemment, je ne le vis pas très bien. Je me demande si je vais être en sécurité et surtout si je vais réussir à joindre mes proches. J’ai compris assez rapidement que ça n’allait pas être possible, que j’allais passer vraiment tout le temps où j’allais être détenu sans aucun contact avec mes proches.
À quel moment as-tu pu contacter un avocat et l’ambassade de France ?
Au moment où je suis officiellement arrêté, on me présente un avocat commis d’office qui ne m’inspirait pas une grande confiance. Le lendemain, au commissariat où je suis incarcéré, arrive une avocate qui se présente d’elle-même. Quelqu’un du commissariat a dû la prévenir qu’il y avait là un Occidental. Et elle a dû flairer le bon coup, puisqu’elle est venue et m’a dit : je suis avocate, je peux t’aider. Elle m’a donné ses tarifs. Je n’avais alors absolument aucune notion du coût d’un avocat en Russie. Donc, je me dis : c’est probablement mieux de payer un avocat que d’en avoir un commis d’office. Donc, je dis OK. Après, il se trouve que j’ai compris qu’elle m’avait présenté des tarifs cinq à dix fois supérieurs à ceux qu’elle aurait demandés à un prisonnier russe. C’était vraiment l’appât du gain qui l’avait attirée sur mon affaire. Mais finalement je n’ai pas continué avec elle. Dès que le consulat a été prévenu que j’étais incarcéré, il en a informé ma famille et ma compagne qui s’est chargée de me trouver une avocate à Vladivostok pour faire en sorte que j’aie la meilleure défense possible.
Ta compagne, Fanny Bensussan, a été très active sur les réseaux et dans la presse.
Oui, elle a passé cinquante jours à remuer ciel et terre pour qu’on parle de mon affaire dans les médias, que le consulat s’occupe de moi et pour coordonner tout le soutien que je pouvais recevoir sur les réseaux sociaux, puisque j’en ai reçu énormément. Mon arrestation a causé une vraie déflagration dans la communauté, évidemment, du backpacking, de la longue distance, du voyage à vélo. Après, je pense même que ça a fait un peu tache d’huile dans le monde du cyclisme en général.
Sur Instagram, il y a deux jours, tu parlais du fait que tu avais agi « in such a foolish way », un peu stupidement. Tu parles également de ta naïveté. Tu as beaucoup voyagé, tu as fait des traversées très longues dans des pays qui ne sont pas forcément simples. Là, qu’est-ce qui a fait que, finalement, tu t’es dit « bon, on tente le coup, pourquoi pas ? »
C’est l’incapacité à abandonner après avoir réglé tant de problèmes. En fait, quasiment depuis le début de cette traversée, tout ce que j’ai fait, c’est régler des problèmes. J’avais prévu de passer par l’Iran. Trois semaines avant, les bombardements israéliens ont commencé. J’ai dû attendre pour voir quelle était la situation. Finalement, je ne pouvais plus attendre. Du coup, j’ai décidé de changer complètement mon itinéraire. J’ai dû organiser, en dernière minute, un visa pour la Russie. Ce qui faisait que je n’avais pas mon passeport pour le début de mon voyage, ce qui me posait quand même quelques problèmes. Arrivé en Asie centrale, j’ai eu ce souci de passage de frontière entre l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, puisque la frontière était fermée.
Quand je me suis présenté la première fois pour franchir la frontière en Chine, je n’ai pas pu, parce que la police de frontière a refusé que je fasse le trajet à vélo. Et moi, c’est la seule manière dont je pouvais le faire. J’ai dû complètement changer mon fusil d’épaule et, au lieu de rentrer en Chine depuis le Tadjikistan, j’ai traversé l’intégralité du Tadjikistan et suis rentré par le Kazakhstan. Il y a eu tout un tas de situations qui ont fait que le record ne s’est jamais vraiment passé d’une manière simple. Pendant deux mois, j’ai réussi à franchir tous ces obstacles. Du coup, je me suis dit que rien ne pouvait m’arrêter. J’avais simplement un dernier problème à régler. C’est pour ça que je n’ai pas réussi à abandonner. C’était trop dur. Abandonner à 200 km de l’arrivée quand on a fait plus de 99 % du trajet, ce n’était pas réellement envisageable pour moi.
Et, après, comme je te l’ai dit au début, moi, je ne pars pas en me disant que je vais réussir à franchir la frontière. Je pars simplement en me disant : comme je ne peux pas faire demi-tour maintenant, comme je ne peux pas entrer dans un hôtel et attendre que le temps passe et que les 64 jours soient écoulés et que le record soit officiel, comme je n’arrive pas à me résoudre à abandonner, il faut bien que je fasse quelque chose. Et la seule chose que je pouvais faire, c’était essayer de franchir cette frontière pour ne pas avoir de regrets. À un moment, je me suis dit : si j’essaye, je vais me rendre compte que ce n’est pas possible et je vais échouer. Et, au moins, dans un, deux ou trois ans, quand je repenserai à ce record que je n’ai pas réussi à battre, je me dirai : voilà, je n’ai pas réussi à le battre, mais c’est parce que c’était impossible à faire.
A ce stade, que tires-tu de cette malheureuse expérience ?
Je suis très étonné de l’importance que cette affaire a pu prendre ici, dans les médias, et même ailleurs dans le monde. Je pense que c’est, évidemment, énormément lié à l’importance que peut avoir la Russie dans l’actualité en ce moment. Mais j’espère tirer quelque chose de cette expérience. Il ne me tient qu’à moi de faire en sorte que tout ça n’ait pas été vain. J’ai passé des moments extrêmement difficiles de prison. Le moment que je n’oublierai jamais, c’est quand ma détention a été prolongée, et où je me dis : mais pourquoi ils me gardent en détention comme ça ? Est-ce que la situation diplomatique, entre la France et la Russie, n’est pas en train de me porter préjudice ? Est-ce que je ne vais pas devenir une sorte d’otage politique, alors que je suis censé ressortir du droit commun ? Et là, je me dis : si ça devient politique, je n’ai plus aucune chance de rentrer chez moi avec une amende, je vais prendre le maximum, et le maximum, c’est deux ans, deux ans de ma vie, dans une cellule, à plus de 10 000 kilomètres de chez moi, sans pouvoir parler avec ses proches, sans pouvoir partager cette angoisse-là avec qui que ce soit, parce qu’en plus, je suis en cellule avec des gens qui parlent russe, je ne peux même pas me confier ; ça a été probablement les moments les plus difficiles de ma vie. Mais ils sont derrière moi, maintenant ; ce n’est pas un trauma. Il y a des choses qui peuvent arriver à certaines personnes, des choses négatives qui vont laisser des traces. Ce n’est pas mon cas. J’espère que ça m’a rendu encore plus fort mentalement, même si j’étais déjà plutôt fort, je pense. Si je peux ramener quelque chose avec moi, ce ne sera que le positif. Mais il faudra simplement que ce soit à moi de trouver comment le tirer, ce positif. Mais c’est encore trop tôt pour savoir quoi.
Ça fait deux mois que tu n’as pas roulé, est-ce que ça te manque ?
Non, non, non, ça ne me manque pas. C’est simple, en tant qu’être humain, on ne peut pas ressentir le manque de tout en même temps. On ne peut pas ressentir le manque de la liberté, le manque du ciel, le manque du soleil, le manque de contrôle sur sa vie, plus le manque de sa compagne, plus le manque de la bonne nourriture, plus le manque de sa famille, plus le manque du vélo. En fait, il y a une hiérarchie des manques et, à partir du moment où te manque quelque chose de primordial, comme être dehors, être libre... le reste, ça s’efface. J’étais tellement dans un manque de voir le ciel, que je ne pensais même pas à faire du vélo. Évidemment que le vélo est ma grande passion, mais quand on est 24 heures sur 24, entre quatre murs, si on m’avait proposé d’aller dans un vélodrome pour faire quelques tours de piste, ou d’aller marcher une heure dans un parc, je serais allé marcher une heure dans un parc !
Du coup, le record, c’est très loin, j’imagine, dans ta tête…
Ce record, j’en ai fait mon deuil. Je n’ai pas besoin d’aller le faire. C’est évidemment rageant d’échouer à 200 km du but, mais l’avantage, c’est que j’ai quand même fait 18 000 km en deux mois, et ça, personne ne peut me les enlever. Ce que j’ai vécu pendant ces deux mois, ça n’a pas été effacé par la prison, ça reste un voyage incroyable, des moments qui me marqueront à vie. Ça reste des endroits que je ne connaissais pas, comme la Mongolie, où j’ai vécu des kilomètres absolument fantastiques. J’ai envie de dire que, quitte à échouer, en fait, il valait mieux échouer au bout de 18 000 km qu’au bout de 5 000 ou 10 000, parce que, évidemment que le but d’un record, c’est de le battre, mais le but d’un voyage, c’est de faire le plus de kilomètres possible.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
