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Elisabeth Revol
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

INTERVIEW Elisabeth Revol : « On est obligé de se détruire pour renaître »

  • 17 octobre 2019
  • 4 minutes

Pierre Le Clainche Pierre Le Clainche Pierre Le Clainche est navigateur professionnel, ultra-trailer et reporter amoureux de la nature et des montagnes. Alpinisme, escalade, ski de randonnée ou paddle, aucun sport outdoor n’est étranger à ce grand voyageur.

A l’occasion de la sortie de son livre choc « Vivre », retraçant minute par minute le déroulé du drame survenu au Nanga Parbat, Elisabeth Revol nous a accordé un entretien poignant. Sauvée in extremis après trois nuits passées dans un froid arctique dans la zone de la mort, l’alpiniste confie ses plus profondes émotions parmi lesquelles le deuil de son compagnon de cordée, Tomasz Mackiewicz, qui l’a plongée dans l’abîme.    

De l’ivresse intense du sommet à celui de la survie, il n’y a qu’un pas… Elisabeth Revol, grande himalayiste, l’a subi ce 25 janvier 2018 sur les hautes cimes enneigées du Nanga Parbat (8126m) au Pakistan. « Tomek ! Yessssss ! ». « Eli, qu’est-ce qui se passe avec mes yeux ? Eli, je ne vois plus ta frontale, je te vois floue ! ». Voilà comment la cordée composée d’Elisabeth Revol et de « Tomek » Mackiewicz bascule de l’euphorie au pire des cauchemars. Une seconde qui dure une éternité, une seconde où tout bascule écrit-elle, où la peur l’envahit, où les mots du Polonais sonnent le début de la fin…
« Vivre » nous transporte littéralement sur les pentes glacées du neuvième sommet le plus haut de la planète. Livre en main, on n’hésite à se munir d’un piolet pour ne pas dévisser vers les abîmes d’une crevasse ou basculer d’une paroi rocheuse après avoir ripé et glissé le long des pentes glacées et inclinées à plus de cinquante degrés. D’une intensité rare et d’une froide franchise rarement avouée, le récit d’Elisabeth bouleverse et secoue tout en dévoilant les terribles sentiments qui l’ont rongée tout au long de cette infernale descente vers la survie. 

« Son corps n’est que souffrance, son nez est blanc, du sang coule de sa bouche »

L’incompréhension, les remords, la culpabilité. Elisabeth Revol ne s’échappe pas, elle divulgue tout et se confie comme rarement, essayant de comprendre un an et demi après le drame, comment ils ont pu se retrouver dans cette impasse de la mort à plus de 8126 mètres d’altitude. « Forcément j’ai eu des remords, j’ai éprouvé un sentiment d’incompréhension, pourquoi moi ? me suis-je demandée à plusieurs reprises. Cette descente fut si cruelle et si difficile, c’était un combat tant physique que mental, mon corps était à 200 %, je n’ai jamais cessé de positiver, d’aider Tomek, de le rassurer » nous confie-t-elle. Dans « Vivre », Elisabeth va très loin dans l’autocritique et les descriptions de ses états d’âme. Tiraillée entre la volonté de rester auprès de Tomek et la nécessité de redescendre pour « vivre », l’alpiniste de 39 ans s’est infligée un douloureux dilemme qui l’a minée pendant une année entière. « Son corps n’est que souffrance, son nez est blanc, du sang coule de sa bouche », se souvient-elle en ajoutant que son compagnon lui a montré « la plus terrifiante et la plus émouvante démonstration de courage et de ténacité ».

En chaussette au fond d’une crevasse 

Quitter son compagnon, descendre pour aller chercher des secours ou lui ramener des vivres, des médicaments et de l’eau, voilà ce qu’elle projetait de faire mais le froid, ce froid et ce vent si mordant l’en ont empêchée, l’ont clouée au fond d’une crevasse où elle rêve éveillée d’une bonne femme « comme sur les pots de yaourts » qui lui apporte du thé chaud. Au réveil, elle est en position fœtale dans sa crevasse sur un pont de neige de quelques centimètres et en chaussette ! Plus de frontale, plus de repère mais la nécessité de plonger dans l’abîme quelques mètres plus bas pour récupérer cette chaussure restée fixée par son crampon sur la paroi de la crevasse.

Comme une allégorie de son sauvetage et de sa cure post-expédition, Elisabeth a plongé dans la noirceur avant de retrouver les couleurs de la vie. « On est obligé de se détruire pour renaitre d’une telle expérience » confie-t-elle en ajoutant que « c’est grâce à l’Everest que j’ai tenu, c’est vers cette montagne que mes rêves de jeune fille s’étaient orientés et c’est ce qui m’a sauvée. J’avais besoin de temps pour me ressourcer, j’avais besoin d’immensités, de levers de soleil ». Ce printemps, Elisabeth Revol a conquis « son » Everest, non sans subir les réticences de son mari, mais elle devait « renouer avec l’Himalaya ». 

Une année entière à se maudire

D’ailleurs son approche de la haute montagne a évolué, auparavant très cartésienne, la montagnarde laisse désormais davantage de place à ses émotions et à ses sentiments comme le faisait son compagnon « Tomek », obsédé par la divinité « Fairy » qui lui parlait et l’accompagnait vers le Nanga Parbat. « Je retournerai dans la vallée du Diamir cet été pour un projet humanitaire qui tenait très à cœur à « Tomek » : la construction d’un pipeline d’eau à Sair avec l’association « Montagne et partage ». Elisabeth revit, elle ne souffre plus, mais une année entière à se maudire s’est écoulée avant que l’étau de la culpabilité ne se desserre pour qu’elle puisse dormir à nouveau et grimper. Le 28 janvier 2018, au Pakistan, dans l’hélicoptère, l’habitante de la Drome, anticipait déjà le choc de revoir ses proches sans mesurer encore tout à fait celui qu’allaient lui infliger les médias et la vox-populi. « Je suis vidée, brisée… » décrit-elle.

« Ne vous excusez pas d’avoir survécu »

Puriste et adepte du « style alpin » (montée sans oxygène, ni cordes fixes, ni sherpas), Elisabeth admet avoir porté un regard hautain envers les expéditions commerciales où les candidats aux sommets montent en ligne à l’aide d’un « Jumar » fixé aux cordes fixes installées par des sherpas. Paradoxe de l’histoire, ce sont ces fameuses cordes fixes, qu’elle jurait ne pas vouloir utiliser qui l’ont sauvée à double titre, lui permettant d’entamer sa descente seule dans la nuit sans frontale ni piolet mais aussi permettant à Adam Bielecki et Denis Urubko, ses deux sauveteurs polonais, de monter très vite la secourir. « Je connaissais déjà Adam mais depuis ce jour notre amitié s’est muée en une relation frère - sœur » nous confie-t-elle, émue.               

L’ouvrage, remarquablement bien illustré par cette couverture où la figure d’Elisabeth est entourée de glace, recèle de passages intimistes de l’auteure où elle confie encore plus profondément ses sentiments. « Vous avez vu votre propre mort cette nuit-là et vous avez vu de vos yeux celle de Tom la veille. Ne vous excusez pas d’avoir survécu. Tomek n’aurait jamais voulu que vous vous condamniez pour lui », lui explique sa psychologue, rassurante. « Vivre » incarne la catharsis d’Elisabeth Revol, l’avoir entre ses mains devient une chance de pénétrer dans les méandres d’un drame qui se déroule sous nos yeux au fil des pages. Vous en sortirez certainement refroidi par le récit et réchauffé par l’épilogue.    


Quelques pages extraites de "Vivre"


livre Vivre par Elisabeth Revol Editions Arthaud

"Vivre" Ma tragédie au Nanga Parbat. Elisabeth Revol, en collaboration avec Eliane Patriarca. Editions Arthaud, 240 pages, 19,90€.

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