Son nom vous est certainement inconnu. Pourtant Marcelle Puy est la personne qui a décroché le plus de victoires sur la Diagonale des Fous (175 km ; 10150 D+). Son premier titre remonte à 1995. Quatre autres ont suivi, en 2002, 2007, 2008 et 2010. Un record jamais égalé, tant chez les femmes que chez les hommes. Mais son histoire avec le Grand Raid ne se résume pas à ses performances, car cet événement "a changé sa vie", nous raconte-t-elle.
Marcelle ne se considère pas comme une championne. Elle a pourtant gagné cinq fois la Diagonale des Fous. Ce que personne d’autre, hommes et femmes confondus, n’a encore jamais réussi à faire. À La Réunion, elle fait figure de star locale. Et ce, dès sa première victoire, en 1995. Année où lui est donné le surnom de « reine Marcelle ». Un qualificatif qui lui colle encore à la peau, près de 30 ans plus tard. « Quelqu’un a dit ça un jour à la radio » explique-t-elle, timidement. « Et puis, c’est resté. Mais pour moi, je reste Marcelle. Tout simplement ».
« J’avais tout fait seule, en portant moi-même mes ravitos »
L’histoire entre Marcelle et le trail, c’est presque un coup de chance. Un heureux hasard. « Le Grand Raid passait devant chez moi en 1994 » raconte-t-elle. « J’étais enceinte cette année-là. Et je me suis dit que ce serait bien d’y participer l’année suivante. Dans l’idée de retrouver la forme. Alors que je me suis inscrite. Puis j’ai très vite commencé à m’entraîner ». À raison de 40 kilomètres par jour. Sur route, principalement.
« C’était très dur » se souvient-elle. « Surtout sur la fin de course. À 5 kilomètres de la ligne d’arrivée, j’ai vraiment souffert. Musculairement. La conséquence de ma mauvaise préparation, puisque je ne m’étais pas entraînée sur les sentiers techniques de La Réunion. Mais uniquement sur route ». Ce qui ne l’a pas empêchée de remporter la course chez les femmes.
Une victoire inattendue qui n’est pourtant pas son plus beau moment de trail. « À mon arrivée, il n’y avait personne. J’étais toute seule. Il n’y avait pas ma famille, pas de médias » se remémore-t-elle. « J’avais tout fait seule, en portant moi-même mes ravitos. J’étais vraiment livrée à moi-même. C’était une première, la famille ne suivait pas trop à cette époque-là. Ça n’avait vraiment pas été facile mentalement ».

« J’ai tout réussi grâce au trail »
Ce que Marcelle garde le plus à l’esprit, ce n’est pas une victoire sur la Diagonale des Fous, mais sa 3e place, en 2017. « C’était comme si j’avais gagné cette année-là. Il y avait un beau podium [Andrea Huser et Emilie Lecomte, ndlr] » raconte-t-elle. La concurrence était féroce. Alors terminer 3e, c’était vraiment énorme pour moi ».
Mais au-delà des belles histoires que Le Grand Raid lui a permis d’écrire, Marcelle éprouve une profonde reconnaissance envers l’événement. « Cette course m’a permis d’avoir du travail [chez Prudence Créole, une compagnie d’assurance qui l’engage en tant que standardiste depuis sa première victoire, tout la sponsorisant, via la Team Prudence Créole, ndlr], de construire ma maison. J’ai tout réussi grâce au trail » confie-t-elle. « Avant de gagner, je travaillais à la mairie de la Possession. J’avais un contrat renouvelé tous les ans. Mais c’était tout de même une situation précaire ».

« Je pense que c’est bien de laisser la place aux jeunes désormais »
Marcelle a la course à pied dans le sang. Et c’est cette passion à l’état brut qui l’a conduite à fouler à nouveau les 175 kilomètres de la Diagonale des Fous l’an passé. Où elle a décroché, près de trente ans après sa première victoire, une très honorable 6e place… à 53 ans ! « La course à pied, c’est vraiment toute ma vie. Je cours tous les jours » raconte-t-elle. « Mon corps a besoin de ça. J’ai quitté l’école très jeune. Mais au collège, je gagnais toujours les cross ».
Le déclic, ça a été en 1990, à 20 ans. « Personne ne faisait ça dans la famille. On est pourtant 14 frères et sœurs ! » détaille Marcelle. « L’amour de la course à pied, il est venu grâce à mon beau-frère. Je suis allée le voir sur la course de relais à laquelle il participait. J’ai tout de suite aimé l’ambiance. L’envie est venue à partir de là. Je n’ai plus jamais arrêté de courir depuis ».
Son amour pour la course à pied demeure intact, mais Marcelle compte bien « laisser la place aux jeunes désormais (...). Pour moi, la Diagonale des Fous, c’est fini [elle sera tout de même au départ de la Métis Trail le 19 octobre, 50 kilomètres et 2600 mètres de dénivelé positif, ndlr]. La récupération n’est plus la même. Et puis, j’ai envie de faire autre chose. Avant d’aller sur le Grand Raid, je faisais beaucoup de courses sur route. Des semi-marathons, des 10 kilomètres, des cross. C’était ma spécialité au départ. Ce n’est qu’après que j’ai fait du trail. Alors j’ai bien envie de revenir sur la route. Je pense que ce sera ma dernière course de trail cette année. Je vais ensuite préparer le marathon de Paris ».
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