L'Afghanistan compte la plus forte concentration de femmes skateuses du monde, et c'est au skateur Oliver Percovich qu'on le doit. En 2008, cet Australien crée le « Skateistan », une ONG qui s'est donnée pour mission de sensibiliser les jeunes Afghans - et tout particulièrement des filles - à l'éducation par le biais d'une pratique sportive, celle du skateboard. Une activité peu identifiée comme un sport dans ce pays, ce qui permet aux jeunes filles de recevoir un enseignement. Douze ans plus tard, pour soutenir ce mouvement, 7 femmes photographes de renom exposent leurs images des skateuses dans le cadre de la campagne « It’s her turn ». Leur but ? Recueillir des fonds pour l’ONG et offrir aux filles des modèles forts.
Le skateboard, une école de la vie ? Pour des centaines d'enfants défavorisés, oui. Et tout particulièrement pour les petites filles, souvent privées d'accès à l'école. Une voie vers l'émancipation et l'autonomie, guidée par une ONG, le « Skateistan », fondée par le skateur Oliver Percovich. Cet Australien, que l'on voit dans les compétitions internationales dans les années 90, quitte son pays en 2007 pour Kaboul. Sa petite amie y a trouvé un job, mais lui s'y ennuie ferme. Il commence donc à arpenter la ville sur son skate. Très vite il devient une sorte de célébrité locale auprès des enfants de la rue qui aimeraient bien, eux aussi, s'y essayer. D'où son idée de fonder en 2008 le « Skateistan », ONG reconnue au niveau international et récompensée à de multiples reprises. À ce jour, c'est la seule organisation combinant skateboard et résultats scolaires. Apolitique et indépendante, elle est ouverte à toutes les ethnies, religions et milieux sociaux. Née en Afghanistan, elle s'est par la suite implantée au Cambodge et en Afrique du Sud. Elle compte aujourd'hui près de 2 500 étudiants actifs. Et, contre toute attente, la moitié sont des filles.
Dans ces pays, pratiquer un sport est souvent compliqué pour elles, sous la pression des normes sociales, mais aussi faute de modèles féminins auxquels s’identifier. Aussi le skate, introduit en Afghanistan par Olivier Percovish, est-il apparu comme une alternative idéale. Plus perçu dans le pays comme un loisir que comme un sport - ce qui exclurait de fait nombre de filles - cette activité ludique s'est rapidement imposée comme un premier pas vers une meilleure éducation et plus d'autonomie.




Donner des modèles féminins aux jeunes filles
Le « Skateistan » associe en effet l’apprentissage du skate à celui de la vie, il entend développer chez ces enfants démunis le sens des responsabilités et leur offrir un avenir. Chaque élève passe autant de temps sur un skate que sur une chaise en classe. Un programme éducatif, basé sur l’art, leur permet d’aborder des sujets tels que les droits de l’homme, la culture, la nutrition et l’environnement. Pour ces filles, âgées de 5 à 17 ans, l'ONG est un espace où, en toute sécurité, elles peuvent nourrir leurs ambitions en s'inspirant de modèles féminins.
Composées à 50% de filles, ces écoles de skate sont un succès. Au point que grâce à l'ONG, le nord de l'Afghanistan compte la plus forte concentration de femmes skateuses du monde. Pour autant, les femmes ne représentent que 5% des skateurs dans le monde.

Mais l’espoir ne s’arrête pas aux bancs de l’école. « Deux femmes afghanes, formées par le "Skateistan" ont ainsi participé à un ultra marathon de 250 km dans le désert de Gobi, en Chine ; trois membres de l'ONG ont rejoint des camps de dirigeants des Nations unies en Allemagne et en Suède, et une délégation a participé à une conférence internationale de simulation des Nations unies au Qatar », peut-on lire sur le site de l’ONG.





75 000 dollars à récolter
Afin de leur apporter leur soutien, des femmes photographes, adeptes du skate elles aussi, ont donc décidé de rejoindre le mouvement en immortalisant les plus belles figures de nombreuses skateuses. Des oeuvres mises en valeur dans la campagne « It's her turn » (« C’est son tour » en français).
Parmi ces professionnelles figurent des pointures : Hannah Bailey, primée au Women's Sport Trust - une récompense attribuée à ceux qui font progresser le sport féminin ; Zorah Olivia, reconnue comme l'une des huit meilleurs photographes de sport à Los Angeles ; Mubaraka Muhammadi, éducatrice au Skateistan ; Mimi Knoop, championne de skate et défenseuse de l'égalité homme-femme dans les compétitions de skate, et d'autres grandes photographes, comme Norma Ibarra, Olga Aguilar, et Raisa Abal.

Skateuses elles-mêmes, le message est fort. De quoi donner des modèles féminins aux jeunes citoyennes du « Skateistan », tout en sensibilisant le public sans tomber dans le misérabilisme.
« It’s her turn » a pour objectif de récolter 75 000 dollars d’ici fin juillet. À ce jour, près de 44 207 dollars ont été récoltés. Ce fond sera ensuite reversé aux étudiants du Skateistan en Afghanistan, au Cambodge et en Afrique du Sud. Pour contribuer, c’est ici.
Par mesure de sécurité, suite à la prise du pouvoir des Talibans en août 2021, tous les noms de famille des jeunes afghanes ont été enlevés et certains visages cachés sur les photos.
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