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Du Grand raid des Templiers à ses 250 bovins : la double vie de Joël Piganiol, traileur et éleveur dans le Cantal

  • 16 octobre 2026
  • 6 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Il y a un an, Joël Piganiol prenait le départ de la course reine du Festival des Templiers, après trois jours particulièrement éprouvants sur le front d’une crise sanitaire agricole. Mais ce dimanche, 18 octobre, l’éleveur de 53 ans ne sera pas sur la ligne de départ. À la tête d’une exploitation de 250 bovins, il a préféré cette année concentrer ses courses sur le printemps et l’été, avant la période des vêlages. Entre entraînements, responsabilités syndicales et vie de famille, il nous raconte comment il tente de concilier ses deux passions. Et pourquoi il tient à rapprocher deux mondes dont la cohabitation sur les sentiers n’est pas toujours évidente.

En octobre 2025, trois jours avant de prendre le départ du Grand Trail des Templiers, Joël Piganiol avait une autre course à gérer. Alors président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) du Cantal, l’éleveur devait faire face à une crise liée à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui venait de connaître de nouveaux foyers dans les Pyrénées. « Ça a créé une onde de choc par rapport au risque encouru un peu partout, même si la DNC ne nous concernait pas forcément dans le Cantal », explique l’éleveur. Lorsqu’il s’est finalement retrouvé sur la ligne de départ, le corps était bien là, mais l’esprit était lui encore accaparé par les événements des jours précédents. « J’y ai clairement laissé de l’énergie, reconnaît-il. Je l’ai subi pendant la course, j’ai eu un gros trou d’air notamment après le passage de Saint-André-de-Vézines (au km 35, ndlr). J’ai réussi à gérer mentalement, en me disant que ce n’était pas grave, et que je n’étais pas bloqué par les barrières horaires. Avec le recul, j’ai fait le lien avec les trois jours qui avaient précédé et le fait que j’avais dû me mobiliser complètement sur ce sujet, dans le cadre de mes engagements professionnels. »

Du travail à l’entraînement, une organisation au cordeau

À 53 ans, Joël Piganiol mène plusieurs vies de front. À Sénezergues, dans le Cantal, il partage avec son frère une exploitation qui compte environ 130 vaches mères de race limousine. En comptant les veaux, les génisses, les taureaux et les autres catégories d'âge, l'exploitation compte autour de 250 bovins. À cette activité s’ajoutent ses responsabilités syndicales et agricoles, qui lui prennent, estime-t-il, près de trois jours par semaine, mais aussi ses entraînements de trail. « Je cumule la vie de famille, [ il est marié et a trois enfants ], le travail sur l’exploitation, mes engagements et, en plus, je m’impose un planning d’entraînement pour essayer d’aller chercher des objectifs qui demandent une vraie préparation », résume-t-il. Un équilibre parfois difficile à tenir. « La plus grosse difficulté, c’est de faire tout ce que j’ai prévu, ce qui est quasiment impossible : le travail ou une réunion peuvent m’obliger à écourter, voire à supprimer un entraînement, notamment ceux prévus en fin d’après-midi. Alors, je m’adapte, je n’ai pas d’autres choix. Je fais ça depuis longtemps. »

Pour pouvoir s’entraîner sans délaisser l’exploitation, Joël peut compter sur son frère et son neveu, salarié de la ferme appelé à en devenir prochainement associé. Une organisation collective, même si « l’idée, c’est que je ne sois pas celui qui a tout le temps besoin d’être disponible », insiste-t-il. Chacun doit pouvoir conserver ses activités, ses week-ends et ses vacances. Mais c’est vrai que quand j’ai des plannings d’entraînement qui demandent un peu plus de temps, je sais que je peux compter sur mon entourage. Si je bossais seul, clairement, ça ne serait pas possible. »

Un calendrier sportif dicté par la ferme

Jusqu’à ses quarante ans, Joël Piganiol pratiquait le football en tant qu’amateur. Mais les contraintes de ce sport collectif ont fini par le pousser à chercher une autre façon de s’entraîner. C’est finalement par l’intermédiaire de son beau-frère, déjà adepte des longues distances et habitué du Festival des Templiers, que Joël Piganiol découvre le trail. D’abord simple accompagnateur sur quelques courses, il se laisse peu à peu gagner par cet univers. Lorsqu'il arrête le football en 2013, il se met alors à courir, et rejoint, dès l’année suivante, le Running Club Arpajon, près d'Aurillac. « Tout doucement, j’ai passé des paliers de distance qui m’ont amené à faire mon premier ultra », raconte-t-il. Le 80 km du Grand Raid des Pyrénées est ainsi suivi de la SaintéLyon en 2016, puis de la Diagonale des Fous en 2018, où il décroche une belle 113e place, sur 1962 participants. La même année, il découvre aussi la Restonica, en Corse, où il finit 16e. Il est également finisher de la MIUT, à Madère en 2022, de l’UTMB, en 2024, et du Grand Trail des Templiers, en 2025. « La Diagonale et l’UTMB, elles ont du mérite dans mon histoire », résume-t-il. Autant de défis sportifs que d'occasions de découvrir de nouveaux horizons. « Ce qui génère de la motivation, c’est aussi d’embarquer sa famille dans des projets qui nous amènent à voyager. » 

En 2026, Joël a privilégié les courses du début de saison : le 110 km de la Swiss Canyon Trail en mai, suivi du 110 km du Grand Raid des Pyrénées fin août. Deux gros rendez-vous sportifs programmés avant que la ferme ne réclame toute son attention. Car dans le Cantal, l’automne est loin d’être une saison de repos. « Le pic de travail, c’est du 15 août jusqu’au début novembre, avec la période des vêlages. En règle générale, j’évite donc les courses sur cette tranche-là, surtout en septembre-octobre », explique l’éleveur. « Bien qu’on ait des systèmes de surveillance, une vache peut faire son veau la nuit, à n’importe quel moment. »

« L'approche mentale de l’ultra-trail me sert dans la vie de tous les jours, dans cette capacité à prendre du recul, à accepter les moments qui ne se passent pas comme prévu », explique-t-il. À l’inverse, habitué à se déplacer dans les parcelles de son exploitation, souvent sur des terrains accidentés, il se sent à l’aise lorsque le parcours d'une course devient technique. « Chez nous, on a déjà un pied montagnard qui aide un peu », dit-il en souriant. « Il arrive parfois qu’on soit amené à traverser des parcelles agricoles, mais ce sont des surfaces que je connais bien. On regarde où l’on pose les pieds. Cette adaptation aux terrains un peu techniques ne m’a jamais posé de souci, parce que, dans notre métier, on est souvent confronté à ce genre de situations. »

Des engagements entre éleveur et traileur

Ancien président de la FDSEA du Cantal et premier vice-président de la fédération au moment de l’entretien, Joël envisage de prendre la présidence de la chambre d’agriculture du Cantal au début de 2027, dans le cadre d'une succession annoncée. « Au travers de mes engagements, je suis aussi attaché à préserver les liens entre le monde agricole et la pratique des courses de trail », explique-t-il. Une volonté qui se traduit déjà sur le terrain, Joël participe notamment à l’organisation de l’Ultra Trail du Puy Mary, près d’Aurillac, où il contribue au balisage. Il a également contribué à rapprocher le monde agricole et la Pastourelle, une course bien connue dans le Cantal, organisée à Salers. L’objectif : sensibiliser les participants aux réalités des espaces qu’ils traversent. « On a engagé un partenariat pour communiquer auprès des pratiquants et leur expliquer que, dans les milieux où ils courent, il y a des enjeux de préservation des lieux, mais aussi de respect, en particulier lorsqu’ils passent dans des parcelles où se trouvent des troupeaux. »

Car si les courses organisées prévoient généralement des parcours balisés et négociés en amont avec les propriétaires et les exploitants, la pratique du trail ne se limite pas au jour de l’épreuve. « La difficulté qu’on rencontre de plus en plus, et ça vaut aussi dans d’autres territoires, c’est qu’il y a souvent des traces GPS qui sont enregistrées et partagées en ligne. Des pratiquants reviennent avant ou après les courses, tout au long de l’année, sur des passages qui ne sont pas autorisés de manière permanente. C’est un vrai risque », alerte-t-il. Clôtures endommagées, dégradations de terrains ou rencontres dangereuses avec des animaux, pour les éleveurs, les conséquences peuvent être concrètes. « Avec nos vaches, il peut y avoir un risque d’interaction, parce qu’elles peuvent aussi défendre leur petit veau. Et, malheureusement, il arrive qu’il y ait des accidents. Quand des traces anciennes conduisent les coureurs dans des parcelles qui ne sont pas du tout répertoriées comme accessibles, pour les agriculteurs, c’est difficilement acceptable. » In fine, « on essaye de tisser des liens avec des exploitants, qui sont à la fois favorables au passage des courses, mais vigilants sur le fait qu'il n'y ait pas trop de dégradations. »

« Il y a vraiment une éducation à apporter aujourd'hui », estime-t-il. Et sûrement encore plus demain, puisqu'on voit qu’avec le développement de ces pratiques, le risque de conflits d'usage s’accentue. L’idéal, c’est de le faire autour des courses, à travers des supports de communication et des préconisations. Ça permet de structurer les choses et de créer un temps fort au moment où il y a une masse importante de pratiquants », avance-t-il.  L’objectif n’est pas, pour autant, de fermer les chemins aux sportifs. « Moi, étant des deux côtés, je ferai en sorte, et je ne suis pas le seul à penser comme ça, qu’on arrive à combiner les enjeux et les intérêts de tout le monde. Cela suppose, insiste-t-il, de respecter les tracés autorisés et les restrictions ponctuelles. Mais Il faut aussi le dire : parmi les pratiquants de trail, il y a une vraie sensibilité à l’environnement. En général, ça se passe quand même très bien. »

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