C’est le seul événement sportif nord-coréen ouvert aux étrangers. En avril 2019, un millier de touristes occidentaux ont couru le marathon de Pyongyang, capitale du pays de l'énigmatique dictateur Kim Jong Un. Deux fois plus qu'en 2018. Parmi eux, Aimee Fuller, snowboardeuse britannique, double médaillée olympique - accompagnée sur le 10 km de Mirjam Jaeger, skieuse olympique freestyle, médaillée des X Games suisses. Sur place, Carl Hindmarch les a suivies et réalisé un documentaire passionnant de 44 minutes, aujourd'hui disponible sur OlympicChannel.com.
Le 12 avril 2019, environ 50 000 personnes vêtues de vestes noires ont rempli le stade Kim Il-sung de la capitale nord-coréenne pour le marathon de Pyongyang. Les spectateurs, munis de planchettes de bois, applaudissaient en rythme régulier, pendant que devant les premiers gradins, des instructeurs guidaient la foule pour soulever les cônes d'or distribués à l'avance. Sur le terrain, les entraîneurs ont ordonné aux athlètes nord-coréens du marathon de "se tenir droit" pendant la cérémonie de lever du drapeau et de ne pas "regarder les étrangers en face"; quelque 1 000 coureurs de 58 pays cette année, contre 600 nord-coréens.


Parmi les participants de l'extérieur se trouvaient deux médaillées olympiques, la snowboardeuse britannique Aimee Fuller, inscrite sur la marathon, et la skieuse suisse Mirjam Jaeger courant, elle, l'épreuve du 10 km. "En arrivant dans le stade, j'ai presque eu l'impression d'assister à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques", explique Aimée Fuller. Les deux athlètes sont au coeur de "Running in North Korea", documentaire diffusé le 24 septembre sur Olympic Channel, désormais disponible sur OlympicChannel.com.
Le réalisateur du film, Carl Hindmarch, a beau avoir travaillé sur les sujets les plus variés- d'une série télévisée du National Geographic sur les journalistes pris en otage à l'émission de Bear Grylls Man vs. Wild - il n'avait jamais rien vu de comparable à un tournage en Corée du Nord.
Avant son départ, il a fait des recherches sur d'autres documentaires réalisés dans le pays et interrogé des amis qui s'y été rendus, mais il n'a guère pu glaner que les informations qui circulent partout : les portables y sont interdits, les étrangers y sont sous surveillance et leur téléphone sur écoute à l'hôtel.
Aux médaillés: limousines et appartements de luxe
Au final, tout s'est pourtant mieux passé que prévu. L'équipe de tournage a obtenu un accès sans pareil pour explorer les installations sportives et discuter avec les athlètes les plus décorés du pays. Aimée Fuller et Mirjam Jaeger ont rencontré des médaillés olympiques et des champions du monde en haltérophilie, tennis de table, gymnastique et marathon. Tous triés sur le volet dès leur plus jeune âge, ils ont mangé, vécu et respiré pour le sport et rien que pour le sport toute leur vie. Leurs entraîneurs leur ont inculqué que leurs prouesses athlétiques apporteraient un jour louange et gloire au pays. Après avoir remporté des compétitions mondiales, certains athlètes se sont vu offrir des appartements et des limousines de luxe, tandis que d'autres ont grimpé dans la hiérarchie politique, devenant délégués de l'Assemblée populaire suprême, l'organe législatif du pays. Enfin, la famille Kim fait l'éloge des médaillés, et les Nord-Coréens traitent ces athlètes comme des rock stars.
Le séjour d'Aimée Fuller et Mirjam Jaeger en Corée du Nord est étrange, comme on pouvait s'y attendre. Lors d'une course d'échauffement dans les rues de Pyongyang, la Britannique tente d'interagir avec des piétons curieux, mais une voiture la suit tout le temps. Comme la Suissesse n'a pas le droit d'aller ou que ce soit seule, elle tente d'élargir son exploration dans le labyrinthe de couloirs de l'hôtel où elle séjourne. Un jour avant le marathon, alors que l'équipage engloutit du tofu épicé dans le restaurant de l'hôtel, l'électricité s'est soudainement coupée ; apparemment, trop d'étrangers (principalement des participants du marathon de Pyongyang) utilisaient leurs appareils numériques, ce qui surchargé le réseau électrique de l'hôtel.
Après avoir été escortée d'un endroit à l'autre pendant six jours, Aimée Fuller est finalement libérée par le pistolet de départ de la course. Le parcours du marathon suit la rivière Taedong et passe de la place Kim Il-sung aux quartiers résidentiels. Pendant ses quatre heures et demie de course, elle peut enfin avoir un semblant de communication avec le public coréen qui l'encourage.
Un document étonnant qui ne laisse d'interroger sur la pertinence de participer à de tels événements sportifs érigés en instruments de propagande, comme nous le soulignions dans l'une de nos derniers enquêtes.
Pour visionner le documentaire intégral (en anglais seulement), c'est ici.
Connu également sous le nom de Mangyongdae Prize International Marathon, le marathon de Pyongyang se déroule tous les ans depuis 1981 en avril, dans les rues de la capitale nord-coréenne. Il s’inscrit dans les célébrations de l’anniversaire de la naissance du leader Kim Il Sung. Le départ est donné depuis le stade portant le même nom.
Ouverte aux athlètes étrangers, depuis 2000, l’épreuve autorise les amateurs étrangers à participer depuis 2014 seulement.
A ce jour, les records de l'épreuve restent détenus par des Nord-coréens: Kim Jung-Won, chez les hommes (2 h 10 min 50 s en 1996) et Jong Yong-Ok, chez les femmes (2 h 26 min 2 s en 2007).
La prochaine édition se déroule le 12 avril 2020.

La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
