Il y a cent ans exactement, le 25 janvier 1924, Chamonix accueillait les premiers Jeux d’hiver. Ce sera un succès. Pourtant rien n’était gagné pour cet événement alors bien différent de celui que nous connaissons aujourd’hui.
Les « sports d’hiver « ? Un loisir réservé à l’élite, considère-t-on dans les années 20. Pas de quoi passionner les foules et encore moins mobiliser autour de l'idée d'une rencontre internationale. Seuls les pays scandinaves y croient. De 1901 à 1926 vont se tenir des " Jeux nordiques". Mais on va surtout y voir des Suédois, des Norvégiens et des Finlandais. A leur programme : des épreuves de ski – combiné, ski de fond, et descente -, du curling, du skeleton, de la voile sur glace, des épreuves de patinage et... des courses de chiens de traîneau. Et aucun ne voit d’un très bon œil l’arrivée d’un événement concurrent. A tort, car aux premiers jeux, en 1926, ils vont faire une razzia de médailles !
Car l’idée va faire son chemin. Et les Jeux d’hiver voir le jour. En 1921 le congrès olympique propose en effet de permettre au pays accueillant les Jeux olympiques d’été d’organiser, la même année, une « Semaine internationale de sports d’hiver ». Paris étant alors choisi, ne restait plus qu’à trouver une région pouvant organiser la version hivernale des jeux. Un choix s’impose vite, ce sera Chamonix.
Chamonix l’emporte haut la main
Face à Gérardmer, dans les Hautes-Vosges, et Luchon-Superbagnères, dans les Pyrénées, Chamonix va mettre en avant toutes ses cartes. La cité savoyarde compte en effet de sérieux atouts. À savoir un équipement hôtelier conséquent permettant d’accueillir les sportifs, les officiels et les spectateurs. Une bonne desserte en transports : une liaison ferroviaire existant déjà vers Paris et Lyon. Sans parler, et cela comptera beaucoup, un conseil municipal – chapeauté par Jean Lavaivre, propriétaire de l’hôtel des Alpes - acquis à la cause des sports d’hiver et parfaitement conscient du potentiel économique d’un tel événement.
Dix fois moins d’athlètes qu’aujourd’hui
258 athlètes issus de seize nations. On est loin des effectifs actuels. A Pékin, lors des derniers jeux d’hiver, en 2022, c’est pas moins de 2874 athlètes représentant 91 pays qui sont présents.
Où sont les femmes ?
Comme pour les jeux d’été, elles sont rares cette année là. Très rares : 12 seulement. Deux épreuves seulement leur sont réservées… en patinage. Près d’un siècle plus tard, à A Pékin, elles seront 1292. Presque la parité, les hommes étant au nombre de 1582.
Des installations qui font grand effet
Construites en un temps record, les installations vont mobiliser la population locale. En six mois sort de terre une patinoire de 36 000 m2. Considérée comme hypermoderne, c’est la plus vaste du monde à l’époque. Elle contient deux surfaces de hockey, deux surfaces libres pour les figures, un anneau de vitesse de 400 mètres et une piste de curling. Un tremplin de saut à skis, (dit "du Mont") avec ses trois départs pour les épreuves de combiné à ski et de saut à ski. Sans parler d’une piste de bobsleigh équipé d’un dispositif d’arrosage spécifique
Peu de disciplines pour commencer
Seize épreuves seulement, dans neuf disciplines, pour cette première édition des Jeux. A savoir le hockey sur glace, le patinage artistique, le patinage de vitesse, le bobsleigh, le combiné nordique, le curling, le ski de fond, le saut à ski et le ski militaire qui deviendra plus tard le biathlon. C’est peu, et au fil des années vont s’y ajouter de nombreuses disciplines : descente en ski, ski acrobatique, snowboard, curling, biathlon….
Une première médaille inattendue
Le premier médaillé de l’histoire est un Américain, Charles Jewtraw, vainqueur de la course de patinage de vitesse sur 500 mètres. Paradoxal, quand on sait que ce champion national (1921 et 1923) n’était pas familier de cette distance et considérait qu’il n’était pas suffisamment entraîné pour. Bref, il a failli ne pas y participer. Bien lui en pris pourtant, il remporte l’épreuve devant les Scandinaves, pourtant favoris.
Côté féminin, sans surprise, c’est le nom de la patineuse autrichienne, Herma Szabó-Planck, que l’on retiendra. Celles qui comptera cinq titres de championne du monde de 1922 à 1926 ajoute en 1924 deux médailles d’or à son CV, via les épreuves imposée et libre.
Et déjà des dépassements de budget…
Chamonix avait prévu un budget de 800 000 francs de l’époque. La facture finale atteindra les 3,5 millions. En cause bien sûr, la construction des infrastructures sportives, mais aussi l’aménagement de la ville. Sans parler de mauvais calculs : les ventes de billets ne génèreront que 107 880 francs. Les organisateurs avaient prévu 12 fois plus !
Mais un vrai succès au final
Déjà la qualité des infrastructures avait impressionné à l’ouverture des Jeux. A la clôture de dix jours d’épreuves, c’est le niveau de l’organisation qui sera salué. Notamment par le CIO qui avait suivi de près cette édition « test ». La ville de Chamonix en sortira auréolée d’une réputation jamais démentie depuis. De quoi faire oublier les dépassements budgétaires et booster ( pour longtemps ), sa saison touristique hivernale : la ville accueille aujourd’hui plus de 8 millions de visiteurs par an.
Pour en savoir plus
Lire « Chamonix 1924, les premiers Jeux olympiques d’hiver », de Julien Sorez. Un ouvrage richement illustré, publié aux Editions Glénat.
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