Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si Nazaré s’était évaporée du jour au lendemain. Le légendaire spot urbain d’Eisbach, dans le centre de Munich, n’est plus. Depuis le nettoyage annuel du canal du même nom, la vague statique la plus connue au monde a cessé de se former. Surfeurs, techniciens et autorités bavaroises cherchent à comprendre ce qui l’a déréglée… et comment la faire renaître.
Chaque automne, la ville de Munich vide une partie du réseau de canaux dérivés de l’Isar pour le traditionnel « Bachauskehr », un grand nettoyage qui permet de curer le fond et d’entretenir les berges. Cette année, l’opération a eu lieu pendant la deuxième quinzaine d’octobre. Jusque-là, rien d’anormal.
Le problème survient à la remise en eau, début novembre. Lorsque les autorités ouvrent les vannes, la vague d’Eisbach – un saut hydraulique quasi parfait, sculpté par le flux et les murs du canal – ne reprend pas forme. « Je suis resté là, planche sous le bras, incapable d’y croire », raconte Klaus Rudolf, pionnier du surf munichois, au magazine allemand Stern. Ce jour-là, il rentre chez lui sans avoir surfé la puissante vague statique qui peut atteindre jusqu'à 1,5 m.
Pourquoi la vague ne se forme-t-elle plus ?
Pourtant, aucune modification visible n’a été effectuée à l’occasion du Bachauskehr. Ni sur les parois, ni sur le canal. Alors pourquoi la vague ne se forme plus ? Certains hydrologues tentent une explication : le lit du canal d’Eisbach aurait légèrement bougé. Un dépôt de gravier, un décalage de flux, un centimètre de trop ou de moins sur la marche hydraulique et le spot s’effondre. « En hydraulique fluviale, quelques centimètres sont déterminants », rappelle un ingénieur du ministère d'État bavarois pour l'environnement, auprès de BeachGrit. Pour recréer la vague, les autorités pensent désormais à augmenter le débit du canal ou à ajuster son fond pour tenter de reproduire les conditions d’origine.
Il ne s’agit pas seulement de faire perdurer un spot mais toute une culture, celle du surf urbain. Depuis les années 1970 et au fil du temps, l’Eisbach est devenue un laboratoire, une inspiration à l’origine de la création de dizaines d’autres spots fluviaux, en rivière ou en canal : Salzbourg, Lucerne, Vienne… C’est aussi une pratique, une exigence même : celle du take-off instantané depuis les berges. À tel point qu'aujourd'hui, l'Eisbach est surnommée « la Mère de toutes les vagues de rivière », un titre qui lui a été donné bien avant l'autorisation du surf par les autorités bavaroises en 2010.
« C’est comme si on avait retiré le cœur de la scène surf de Munich », déplore Mathias Schmidt, porte-parole du collectif IGSM, impliqué dans la préservation et le développement du spot. Et tandis que les pratiquants aimeraient un retour rapide de leur vague, les ingénieurs, eux, promettent d’enquêter sur le phénomène. Alors est-ce que l’Eisbach reviendra ? Pour l’instant, personne ne peut le prédire et les surfeurs, eux, ne peuvent qu’espérer.
Pas d'alternative urbaine aussi puissante pour les surfeurs
En attendant, les surfeurs se tournent vers une autre vague à quelques dizaines de mètres de l'Eisbach, dans le parc bavarois d'Englischer Garten. Même elle n'a ni la même puissance, ni la même portée symbolique. Le maire de la ville Dieter Reiter promet de son côté que « l'administration municipale travaille avec le Service de gestion de l'eau et les surfeurs afin de trouver rapidement une solution, pour que la vague emblématique soit bientôt de nouveau disponible (...) les nombreux paramètres qui influencent la formation de la vague dans le cours d'eau sont étudiés et seront ajustés en conséquence ».
Plus tôt dans l'année, le spot d'Eisbach était déjà en berne, mais à cause d'un accident mortel. En avril 2025, une surfeuse inexpérimentée se noyait, certainement à cause de son leash emmêlé dans le lit de la rivière, la tirant et la maintenant au fond, d'après les autorités. À la suite du drame, des mesures de sécurité ont été imposées : interdiction de surfer la nuit et obligation de porter un leash « quick release » qui permet de dégager son pied rapidement en cas de problème.
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