Des Alpes-Maritimes au Jura en passant par la Drôme, Anne-Sophie Perrod et sa fille Thaïs vont entamer d’ici quelques mois une traversée de plus de 500 kilomètres à dos de cheval. Leur objectif : apporter un éclairage sur la présence des loups en France. Lauréates de la Bourse des Possibles de Lons-le-Saunier, elles s’apprêtent à lancer une campagne participative sur le site Ulule afin de boucler le budget de leur projet.
L’histoire pourrait fournir la trame d’un western insolite. Anne-Sophie Perrod - éleveuse de chevaux, à la tête d'un centre équestre, "La Cavalerie de la Petite Montagne"- et sa fille Thaïs, 17 ans, vont entreprendre un périple à cheval entre Auron, petit village des Alpes-Maritimes où le loup est apparu dans les années 90, et le Jura où le prédateur a été repéré plus récemment. Sur les traces de l’animal, elles vont traverser les Alpes du Sud, la Drôme, le Vercors et l’Ain. 500 km de parcours sauvage pour rencontrer les protagonistes confrontés au prédateur et mieux comprendre les problématiques de sa présence.

Équipées de trois chevaux, un par cavalière et un cheval de bât chargé de l’équipement, Thaïs et Anne-Sophie s’élanceront à la fin du mois de juillet pour six semaines d’itinérance en bivouac, avec un réchaud et suffisamment de vivres pour être autonomes pendant quatre jours. Les deux femmes espèrent apercevoir des meutes de loups et les filmer. La prise d’images sera gérée par la jeune lycéenne. Elle s’occupera également de capter les interviews réalisés par sa mère pour étayer le projet final, la réalisation d’un documentaire soutenu par une petite société de production locale, « Lyncee Productions ».
"Eleveuse et fondamentalement écologiste, je suis sans parti pris"
Les deux cavalières rencontreront des bergers et éleveurs ayant subi des attaques, des gardes forestiers, des élus, mais aussi des chasseurs. « Relayer les différents points de vue est important, nous n’avons pas de parti pris, je suis éleveuse de chevaux dans le Jura et fondamentalement écologiste, je me trouve tiraillée entre deux façons d’appréhender la présence des loups. J’espère que cette expérience va apporter des clés de compréhension à la problématique de cet animal sauvage », explique Anne-Sophie.
L’aventure de six semaines nécessite une préparation que les deux cavalières ont déjà bien entamée. Si Thaïs continue de s’entrainer à manier les caméras stabilisées sur son cheval, sa mère trace l’itinéraire sauvage le plus pertinent. Trousses de secours, batteries, réchauds, vivres, alimentation des chevaux, lieux des bivouacs, autant de sujets à creuser et à valider avant de s’élancer fin juillet.
Le loup reste un sujet brûlant en France, où dès 1989, sa présence dans le Mercantour a attisé des tensions qui, au fil du temps, ne se sont pas apaisées. Venues de la région des Abruzzes, en Italie, des meutes ont franchi la frontière jusqu’à se rapprocher du bétail qu’ils ont parfois attaqué pour se nourrir. « Le mal-être de certains éleveurs est né de l’inaction de l’état à répondre à leurs problèmes », explique l’éleveuse. « Grâce à notre petite expédition à cheval, nous serons dans le même espace-temps qu’eux, ce qui favorisera et assassinera le dialogue », espère la cavalière.
« Si l’on tue un « loup alpha », on se tire une balle dans le pied »
« Les éleveurs victimes d’attaques de loups ont la moutarde qui leur monte aux nez. Il n’est pas rare d’en voir certains passer à l’action et tuer l’un de ces prédateurs », poursuit-elle. « Le problème, c’est qu’en l’absence d’information, en abattant une bête ils décuplent bien souvent le problème. Si l’on tue un « loup alpha » - comprendre un chef de meute - on se tire une balle dans le pied. On désolidarise complètement l’écosystème d’une meute. Au lieu de chasser en groupe, chaque individu désormais isolé va se retrouver livré à lui-même et plus enclin à attaquer des animaux de pâturage, plus faciles à tuer car moins sauvages », explique Anne-Sophie Perrod. Or, dans son département du Jura, récemment touché par des attaques de loups, rien n’est mis en place pour accompagner les éleveurs, selon la cavalière qui reste convaincue que sortir le fusil n’est pas la bonne solution.
Enfin, ce périple de 500 kilomètres à dos de cheval devrait aussi être un moment de partage intime entre mère et fille. « Je travaille énormément et n’accorde pas autant de temps que je le souhaiterais à Thaïs », avoue l’éleveuse, évoquant sa passion de la nature qu’elle souhaite lui transmettre.
Pour suivre le projet d’Anne-Sophie et sa fille Thaïs, rendez-vous sur leur page Facebook.

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