S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
Surfeuses grandes tailles sur la plage Hawaii
  • Société

Tendance : non le surf n’est pas réservé aux « surf babes », jeunes et sexy

  • 22 novembre 2021
  • 8 minutes

La rédaction Outside.fr Anna Dimond

Au cœur d’une culture historiquement marquée par la représentation des corps, des surfeuses proposent, aux États-Unis, un contre-modèle à l’archétype dominant, avec pour seuls mots d’ordre "diversité et estime de soi". Et ça marche ! De quoi sérieusement secouer les marques de surf.

Pour Elizabeth Sneed, le surf était plus une vocation qu'une activité de loisir. Athlète amateur passionnée, elle a réalisé le rêve de sa vie en 2017 en déménageant de Phoenix à Honolulu. Dès son arrivée, elle s’est inscrite à une école de surf, et a suivi des leçons quotidiennes avec un moniteur.

Bien-sûr, l’apprentissage n’a pas été facile. Prendre des vagues, se tenir debout et réaliser des figures nécessite de l'endurance, une mémoire musculaire et une bonne connaissance de l'océan… Des capacités qui s’acquièrent après de nombreuses années de persévérance. Mais pour Elizabeth, il y avait aussi un autre combat à mener : en tant que femme ronde, elle n'avait jamais vu qui que ce soit lui ressemblant faire du surf, que ce soit dans l'eau ou dans les médias dédiés à ce sport.

« Je n’avais jamais senti que j'étais liée à cette belle tradition », se souvient-elle. C’est avant tout une question d’image : les affiches placardées sur les murs des magasins de surf locaux montrent des femmes jeunes et sveltes, parfois des surfeuses professionnelles mais souvent des mannequins, dans des bikinis très légers. Idem pour les publicités et les médias spécialisés. Autre problème : les maillots de bain et les bikinis grande taille – bien qu’ils soient de plus en plus nombreux – ne sont pas conçus pour les activités sportives. Les bas ne tiennent pas, quant aux hauts, ils ne soutiennent rien.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Elizabeth (@curvysurfergirl)

« Le prix à payer pour sa morphologie »

Au cours de ses premières années d'apprentissage, Elizabeth s'est donc résolue à porter des bas de bikini avec des liens bien serrés aux hanches et des tops pour hommes, les rash guards. Côté combinaison, même problème pour Elizabeth, également pratiquante d’apnée, qui n’a pas trouvé de solution. Alors l’hiver, elle se débrouille comme elle peut, uniquement réchauffée par sa détermination.

Au début, elle voyait ces obstacles comme le prix à payer pour sa morphologie. Mais tout a changé en avril 2020, lorsqu'elle a vu une photo de l'influenceuse fitness grande taille Kanoa Green posant avec une planche de surf. À cette époque, Elizabeth venait de perdre son emploi et traversait une rupture sentimentale. Pourtant, le post Instagram a déclenché quelque chose en elle. « À ce moment-là, j'ai réalisé que c’était la première fois que je voyais une femme ronde faire du surf », raconte-t-elle.

Un mois plus tard, elle lance le compte @curvysurfergirl sur Instagram, qui rapidement dépasse les 40 000 followers. Le résultat ne se fait pas attendre : des marques et des agences de mannequins la contactent. Elle vient maintenant de créer son site web où elle partage divers conseils pour aider cette communauté à se structurer et à défendre les intérêts des surfeuses rondes. Tous les deux ou trois mois, elle s'associe à l'école de surf Ohana pour organiser une rencontre Curvy Surfer Girl. Au programme : une leçon de surf, où les femmes de toutes tailles peuvent apprendre et s'entraîner dans un environnement favorable. Et Elizabeth n'est pas la seule. Bien que la représentation des athlètes féminines par l'industrie du surf se soit longtemps concentrée sur celles qui sont minces, jeunes et blanches, un mouvement populaire croissant remet en question cette idée. En faisant leur chemin sur les réseaux sociaux, dans l'industrie du maillot de bain ainsi que dans le monde de la presse, ces femmes incitent le monde du surf à devenir plus inclusif.

« Je ne pensais pas que je pouvais faire du surf »

Brianna Ortega, artiste et éducatrice, participe également au mouvement depuis 2017, année de lancement de son projet Sea Together, regroupant magazine, podcast et compte Instagram. Elle a également mis en lumière ces femmes qui ne correspondent pas à l'archétype de la surfeuse véhiculée par l'industrie - notamment une longboardeuse professionnelle Afro-Américaine, une surfeuse blanche sexagénaire et des athlètes en eaux froides dont les combinaisons à capuche, les gants et les chaussons couvrent le corps de la tête aux pieds à travers une série d'installations artistiques.

En tant que femme métisse, Brianna Ortega s'est longtemps sentie exclue de la culture du surf. « J'entends sans cesse d'autres femmes dire "Je ne pensais pas que je pouvais faire du surf. À cause de ma morphologie, je ne m’en sentais pas capable". Quand vous avez été marginalisé par un système, vous devez créer votre propre lieu d’expression ».

Récemment, aux États-Unis, les initiatives se sont multipliées : la graphiste australienne Thembi Hanify et l'écrivaine américaine Mariah Ernst ont lancé Emocean, une publication semestrielle qui célèbre la diversité dans l'eau, tandis qu’au Mexique, la surfeuse Risa Mara Machuca, qui se décrit elle-même comme « pulpeuse », vient de lancer Belle Curves Swimwear, une ligne de maillots de bain dont les tailles vont de XS à 5X. D’autres petites entreprises indépendantes telles que Grnstr (pour laquelle Elizabeth a posé) et Truli, une marque spécialisée dans la plongée, ont également vu le jour pour répondre à la demande de maillots de bain de toutes tailles.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Elizabeth (@curvysurfergirl)

« C’est le stéréotype de la surfeuse super sexy »

Pour les néophytes du surf, le débat sur la représentation des corps féminins dans le surf peut sembler sans intérêt. En effet, au cours des dix dernières années, le mouvement « body positivity » a touché de nombreuses facettes de la société. Le temps est révolu où tous les consommateurs acceptaient les hommes blancs musclés comme les seuls représentants de tous les sports, du vélo à la pêche à la mouche, ou les femmes blanches maigres comme les seuls modèles "d’athleisure" – tendance vestimentaire à la croisée entre le sport et la détente.

Contrairement à la myriade de sports, de marques et de médias qui adoptent activement l'inclusivité, le surf est resté obstinément coincé dans le passé. « Le surf moderne, dont l’industrie vient principalement de Californie - et d'Australie - idéalise une vision étroite du surf et de la féminité », explique Holly Thorpe, professeur de sociologie à l'université de Waikato en Nouvelle-Zélande, dont les recherches portent sur l'intersection des sports d'action, du genre et des médias.

« C’est l’idée stéréotypée de la surfeuse super sexy : la "surf babe". Une fille, pas une femme, jeune, blonde et belle, au corps blanc et bronzé. C'est un mode de représentation très restreint. Il ne cesse d’être perpétué et renforcé depuis des décennies et a un impact majeur sur les femmes du monde entier qui pensent que le surf n'est pas pour elles » détaille la professeure.

Le travail de femmes comme Elizabeth, influenceuse Instagram, est important car il établit un contre-modèle à l’archétype dominant, ayant vu le jour au milieu du 20e siècle, lorsque le surf a migré d'Hawaï vers les côtes américaines et australiennes. Certaines des pionnières de la discipline étaient des Polynésiennes, y compris des membres de la royauté hawaïenne, comme la princesse Kaneamuna du XVIIe siècle, dont la planche de surf, la plus ancienne découverte, a été retrouvée dans sa grotte funéraire. Des centaines d'années plus tard, une autre princesse hawaïenne, Ka'iulani, a, avec d’autres, fait revivre ce sport sur ses eaux locales avant de l’introduire en Angleterre. Cependant, en quittant Hawaï, cette activité a rapidement été récupérée par une industrie émergente presque exclusivement dirigée par et pour des hommes blancs.

Pour faire la promotion de tongs, des gros plans sur des fesses de femme

Pendant dix ans, Todd Prodanovich a été rédacteur en chef du magazine "Surfer", le premier et le plus ancien des médias à couvrir la culture du surf aux États-Unis, jusqu'à sa fermeture à l'automne 2020. Pour lui, la culture du surf a longtemps été obsédée par le corps. Son industrie, dirigée par des hommes, a exploité cette obsession avec des publicités et des photos hyper-sexualisées. Durant les années 1980 jusqu’aux années 2000, il se souvient que les fameuses tongs Reef multipliaient les photos avec gros plans sur des fesses de femmes en bikini... pour faire la promotion de ses sandales ! Dans les films de surf, il y avait toujours un plan sur des fesses, généralement celles des femmes en bikini allongées sur une plage, ou vues de dos en contre-plongée, regardant les hommes surfer. Notons, comme le souligne le journaliste, que les hommes ne sont pas épargnés non plus. Ils se doivent d'être minces et musclés, mais ils ne sont pas sexualisés de la même manière dans les médias.

Pourquoi un tel retard ? Peut-être parce que le surf a longtemps été une sous-culture relativement marginale et quelque peu nombriliste. Selon le rapport 2020 de l'Outdoor Industry Association, si le surf gagne actuellement en popularité dans le monde entier, la taille de son marché ne représente qu'une petite fraction de celle d'autres sports de plein air comme la course à pied, la randonnée ou la pêche. À l'abri des regards extérieurs, il a pu rester un écosystème très restreint, et l'industrie a adopté ce manque de diversité dans son marketing.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Elizabeth (@curvysurfergirl)

Une industrie sous l’emprise du passé

C’est pourquoi Elizabeth, influenceuse Instagram, et d'autres surfeurs récréatifs qui ne se sentaient pas représentés dans l'univers actuels du surf ont lancé leurs propres médias et marques. Mais on dirait bien que les grandes entreprises de surf commencent lentement à les écouter. Dans un email, Brooke Farris, PDG de Rip Curl, expliquent que les consommateurs perçoivent la marque comme « trop pro surf » et « trop parfaite » comme en attestent les études de marché de l’entreprise.

« Nous aimons l'aspect pro-surf et sponsorisons de nombreux athlètes de tous âges à travers le monde. Mais, à certains égards, cela a limité le développement de notre clientèle. Nous sommes encore en train de trouver l'équilibre entre notre vision, rester la "société du surf par excellence", tout en nous montrant plus inclusifs » explique Brooke Farris.

Continuer de voir une contradiction entre "société de surf par excellence" et "diversité" souligne une tension de longue date entre ce que l'industrie du surf perçoit comme ses deux cibles : le "noyau dur" - les jeunes hommes blancs pour lesquels l'industrie a été initialement conçue - et "les autres". Or la peur de perdre ce "noyau dur" a longtemps maintenu cette industrie sous l'emprise du passé.

Mais les choses semblent, un peu, évoluer. Rip Curl vient de lancer un nouveau guide interactif des tailles, présentant un plus large éventail de choix, de types de corps et de surfeurs, ainsi qu'une campagne d'inclusion intitulée "Summer looks good on you" (« L’été vous va bien »). En octobre, la taille des maillots de bain s'est légèrement élargie, offrant une palette allant du 36 au 44. Pour les combinaisons, l'adaptation nécessite plus de temps, un délai de livraison plus long, selon la PDG, Brooke Farris. Mais la gamme prévoit d’élargir sa gamme jusqu'à la taille 46 dès février 2022. Quant à la marque de surf Roxy, elle vient de publier une publicité mettant en scène trois générations de femmes hawaïennes qui surfent ensemble, une première pour cette marque principalement destinée aux adolescentes.

Malgré ces avancées notables, l'industrie du surf a encore un long chemin à parcourir. Selon Elizabeth, surfeuse amateur et influenceuse, pour une inclusion maximale, une bonne gamme de tailles irait du 32 au 50. Elle souligne qu’il ne s'agit pas seulement de fabriquer les mêmes produits proportionnellement plus grands, mais de tenir compte des différences corporelles des femmes : certaines ont un ventre plus gros, des hanches plus larges ou des bras plus épais.

Les progrès sont plus lents qu’espérés. « Les femmes sont à l'origine d'un mouvement en pleine expansion sur les réseaux sociaux et elles ne vont pas attendre que les grandes marques de surf se réveillent , souligne Elizabeth, plus optimiste que jamais. « Les femmes se mobilisent toutes seules, c'est une évidence. Nous allons dire haut et fort ce que nous voulons. Et s'il le faut, si personne ne nous entend, nous produirons nous mêmes ce dont nous avons besoin, nous en contrôlerons l'image et la promotion et nous serons nous-mêmes les championnes ».

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

Natural High John Peck
La rédaction

Film « Natural High » : la vague comme expérience spirituelle

Caroline Marks sur la vague de Cloudbreak, aux Fidji, où se jouera le titre mondial 2025, le 18 août 2025.
La rédaction

Aux Fidji, faudra-t-il payer pour accéder aux spots de surf ?

Nazaré Tudor Big Wave Challenge 25-26
La rédaction

À Nazaré, Justine Dupont et Clément Roseyro, une suprématie construite au fil des années

Orion
La rédaction

Film « Orion », le surfeur givré de Montréal

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications