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Projet vague artificielle Aix-les-Bains
  • Société
  • Environnement

Pas de vague artificielle sur le lac du Bourget : quand la mobilisation citoyenne fait plier les projets

  • 8 décembre 2021
  • 3 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

Surfer 365 jours par an sans se soucier d'attendre la bonne houle ni le bon coefficient de marée, c'est la promesse faite par ces vagues artificielles fleurissant actuellement dans le monde entier. Et la France n'est pas en reste. Dernier projet en date, celui d'Aix les bains, en Savoie, où le superbe lac du Bourget a suscité récemment bien des convoitises. Mais c'était sans compter les opposants à cette attraction pour le moins incongrue sur un site fragile et déjà riche en activités nautiques. Une lever de bouclier fort efficace, bien dans l'esprit de toutes celles, nombreuses en France, qui conduisent aujourd'hui à l’annulation pure et simple des plans les plus coûteux énergétiquement. Qu'on parle de surf mais aussi de ski. Encourageant !

Ca s'appelle un flop... pour les promoteurs. Et plutôt une excellente nouvelle en ces temps qui en manquent tant. Récemment, du côté de la Savoie, l’opposition locale a permis le retrait du projet de vagues artificielles, Okahina Wave, une infrastructure légère flottante se positionnant sur des plans d’eaux existants sans les dénaturer - une alternative aux piscines à vagues. Malgré une innovation plus en phase avec les enjeux écologiques actuels, « le lieu est sensible, ce n’est pas le meilleur endroit, les conditions ne sont pas réunies et nous n’irons pas à l’encontre des Aixois et des riverains du lac du Bourget » confirmait, le 4 décembre, le fondateur de la société sur France Inter.

Okahina Wave projet vague artificielle Aix les Bains
Projet vague artificielle Aix-les-Bains (Okahina Wave)

Ce n’est pas la première fois que la mobilisation citoyenne joue un rôle clé dans un projet de surf park. Car si des vagues indoor, au coût environnemental moins conséquent, voient le jour, notamment à Lyon et à Paris, lorsqu'il s'agit de sites naturels, à l'extérieur, l'affaire prend une toute autre tournure. Rappelons-nous, cet été, à Sevran, en Seine-Saint-Denis, suite à de nombreuses réunions en présence du promoteur Linkcity, le conseil participatif – composé de 28 membres, citoyens, futurs usagers du site, représentants d’association et élus – avait permis le rejet définitif de l'installation de la piscine à vagues en raison d'une « voracité énergétique » soulignée par le président d’Environnement 93. « Cette décision est une belle victoire, mais elle est surtout la démonstration que les concertations citoyennes peuvent être un outil utile pour lutter contre des projets qui ont un impact négatif sur l'environnement, en redonnant du pouvoir aux habitants et en ouvrant un vrai débat dans la durée » avait-t-il conclu.

Désormais, devant ces initiatives jugées néfastes pour la biodiversité et très coûteuses en eau, les boucliers n'hésitent pas à se lever. Récemment, le 29 novembre dernier, une pétition – ayant à ce jour récolté plus de 20 000 signatures – a été lancée par 17 associations contre la construction d’un surf park à Castets, dans les Landes, à 20 km de l’Océan Atlantique. Qualifiée d’ « anachronique et indécent au regard des enjeux actuels du changement climatique et de l'effondrement de la biodiversité », cette installation, signée Wavelandes, promet d’offrir 900 vagues à l’heure pour une consommation de « 300 000 m3 d’eau potable par an, soit l’équivalent de 120 piscines olympiques ». La pression monte donc, mais ne doit pas se relâcher, le verdict final n'étant pas encore tombé.

Projet vague artificielle à Castets (Wavelandes)

La mobilisation joue souvent un rôle déterminant, reste que nous avons tous en tête des projets d'aménagement en train d’aboutir en montagne. Au cœur de la Meije, massif emblématique des Alpes du Sud, la commune de La Grave va ainsi ajouter prochainement un 3e tronçon à son téléphérique. Une pétition a été lancée, avec pour arguments un « investissement disproportionné, au regard des retombées attendues pour le développement local », un projet « désuet, à l’heure des problématiques de dérèglement climatique […] une nouvelle piste de ski étant peu en phase avec la protection des glaciers » et une « insuffisante concertation avec la population ». Mais rien n’y a fait, l'installation verra bien le jour - le permis de construire ayant été déposé fin 2020.

Entre surf et ski, les initiatives sont nombreuses. Débattus localement, téléphériques et piscines à vagues – entre autres – sont de véritables enjeux de lutte entre des collectifs citoyens souhaitant prôner une autre vision des sports outdoor, et des élus cherchant à exploiter les possibilités touristiques – et économiques – des milieux naturels. Un débat au coeur des enjeux climatiques actuels qui, heureusement, fait parfois fait pencher la balance en faveur d'une approche plus durable. En avril 2021, le maire de la commune de Saint-Michel-de-Chaillol (Hautes-Alpes) lançait ainsi une enquête publique concernant un projet de remontée mécanique, allant jusqu’à 2 400 mètres d’altitude. « Beaucoup d’habitants se sont rendus compte que leur territoire pouvait changer du jour au lendemain et ont voulu se mobiliser », expliquait récémment Marion Moenne-Loccoz, coordinatrice du collectif Fier-Aravis. Rapidement, en mai 2021, le maire, regrettant l’ampleur prise, annonçait l’abandon de l'idée. De quoi conforter tous ceux qui, comme nous, sont convaincus que l'action, bien fondée, fait sens.

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