Finis les détours absurdes par Paris ou les heures de voiture interminables pour se rendre d’un coin à l’autre de l’Hexagone, promet Railcoop, coopérative qui entend ressusciter les anciennes liaisons ferroviaires françaises. L’ouverture de sa première ligne, la réhabilitation de l’axe Bordeaux-Lyon, est certes encore retardée, mais elle pourrait bien signer le retour du train en région. Et nous ouvrir de nouvelles perspectives.
La mise en route du projet de Railcoop se fait attendre, mais les amateurs d’aventure bordelais et lyonnais ne désespèrent pas d’étendre enfin leur terrain de jeu. Un train Intercités devrait en effet entrer en service pour relier les deux villes, en desservant le Massif central, via Limoges et Montluçon, à raison de 3 départs par jour. Un trajet de 7h30, légèrement plus long que son équivalent TGV, que la coopérative ferroviaire contrebalance en offrant des espaces de voyage confortables pour mettre un vélo ou travailler sereinement. Du temps de gagné et de la fatigue en moins par rapport à la voiture.
Créée en 2019, la coopérative ferroviaire Railcoop entend proposer une alternative à la route, à des prix accessibles. Le billet Lyon-Bordeaux devrait se rapprocher des tarifs du covoiturage et tourner autour des 40€. Des prix relativement bas, rendus possibles par des rames de récupération recyclées et des vitesses de 90km/h environ. Railcoop a fait le choix d’acquérir du matériel d’occasion, moins coûteux que des rames neuves. Un bon point écologique nuancé par les moteurs diesel utilisés. En effet, 80% de la voie empruntée n’est pas électrifiée. Résultat : l’impact des transports Railcoop est estimé à 51 grammes de CO2 par kilomètre et par voyageur, contre 7gCO2eq/km.voyageur pour le TGV. Reste que son empreinte carbone est largement préférable à celle de l’avion (240 gCO2eq/km.voyageur) ou de la voiture (205 gCO2eq/km.voyageur).
La date de mise en service de cette première ligne, originellement prévue en juin puis décalée à décembre 2022 a, à nouveau, été repoussée. Des retards imputés à des négociations financières rendues difficiles face à un marché naissant, selon l’entreprise. La remise en état des rames dépendant de ces négociations, il n’est pas possible de prévoir de nouvelle date de mise en fonction pour le moment, malheureusement. Mais il y a fort à parier que, malgré les embûches, Railcoop trouvera les soutiens nécessaires, tant son projet semble répondre à la demande.
Déjà 13 140 sociétaires
Railcoop est née du constat que 90% des Français résident actuellement à moins de 10 km d’une gare mais que 30% des gares existantes sont non desservies. L’idée est apparue suite à la rencontre en 2019 de personnes désireuses de vivre à la campagne en utilisant moins leur voiture et de l’association Quercyrail, militant pour préserver la ligne touristique Cahors-Capdenac. A l’aube de l’ouverture du marché du transport ferroviaire français à la concurrence en 2020, la première entreprise ferroviaire citoyenne, inspirée du modèle d’Enercoop sur l’énergie, a ainsi vu le jour en novembre 2019.
A ses débuts, la SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) comptait 32 sociétaires seulement. Aujourd’hui, ils sont 13 140. Chacun peut s’impliquer à travers des cercles de réflexion thématique (par exemple le Cercle « Train + Vélo », qui travaille à faciliter l’accès des cyclistes aux trains et aux gares). Une personne physique peut devenir sociétaire en souscrivant à une part sociale de 100€. Pour les personnes morales, l’adhésion varie selon le chiffre d’affaires.
Le financement provient de la participation au capital social de chacun (5,3M€) et des titres participatifs (2M€). Le reste est issu d’emprunts auprès d’investisseurs institutionnels. Avec ce modèle, Railcoop s’inscrit dans l’écosystème de l’économie sociale et solidaire. Elle est membre du réseau Licoornes rassemblant 8 autres coopératives œuvrant pour la transition énergétique.
Un interminable marathon administratif
Avant d’en arriver à la création d’une nouvelle ligne exploitable – Lyon-Bordeaux - le chemin a été long. Il faut d’abord obtenir un certificat de sécurité pour s’assurer que Railcoop est en phase avec les normes européennes. Ensuite, le ministère des transports délivre une licence d’entreprise ferroviaire. Un capital social de 1,5 million d’euros est requis pour le transport de voyageurs ou de fret à échelle nationale. Une fois ces deux Graals obtenus, il faut l’autorisation de l’Autorité de régulation des transports (ART) d’exploiter certaines lignes, pour s’assurer qu’elles n’affaiblissent pas le service public ferroviaire.
Mais les difficultés ne s’arrêtent pas là. Le projet de ligne Lyon-Bordeaux a subi un premier report de son lancement de 6 mois car les sillons fournis par SNCF Réseau, gestionnaire d’infrastructure, n’étaient pas en état, justifie Railcoop sur son site. Désormais, ce sont les derniers tours de table financiers qu’il faut boucler, une fois rassurés les investisseurs, toujours un peu frileux face à un marché relativement nouveau.

900 000 voyageurs potentiels
Pourquoi miser sur la ligne Bordeaux-Lyon ? Tout simplement parce que La ligne grande vitesse atlantique, lancée en 1992, a petit à petit étouffé la ligne TER Bordeaux-Lyon. Les conséquences ne se sont pas faites attendre : les investissements ont diminué lentement et ont eu un fort impact sur sa fréquentation. Elle a fini par fermer définitivement. Mais les voies ferrées sont encore en bon état et permettent une exploitation sans travaux de réhabilitation coûteux. Or, selon Railcoop, le nombre de voyageurs potentiels sur la section s’élèverait à 900 000 par an. La coopérative tirera son bénéfice de la vente de billets et de son service de restauration à bord ainsi que d’une future activité d’agence de voyage. L’entreprise a déjà fait ses preuves en mettant en place un service de fret reliant les territoires du Lot et de l’Aveyron au hub logistique de Toulouse-St-Jory depuis 2021, et elle ne va pas s’arrêter là. D’autres lignes devraient suivre, dont le calendrier d’ouverture sera déterminé par son Conseil d’administration. Un réseau que devrait compléter d’autres concurrents dans les années à venir, si l’on en croit les projets en cours.

D’autres alternatives privées pour développer le réseau ferré français devraient en effet voir le jour. Parmi les plus connues figure Le Train. A compter de 2023, les villes de Nouvelle Aquitaine seront reliées par des voies grande vitesse, allant jusqu’à Rennes et Nantes le week-end, à des tarifs très abordables ( entre 20 et 30 euros). De son côté, l’entreprise Kevin Speed parie aussi sur la grande vitesse pour rallier la province à Paris à tout petit prix (3€), mais pas avant 2025-2026. Enfin Midnight Train offrira d’ici 2024 des trains couchettes pour relier 10 grandes villes européennes comme Rome, Porto ou Edinburgh. De quoi donner on l'espère l’envie aux plus réticents de laisser leur voiture au garage et les avions sur le tarmac !
Article initialement le 24 novembre mis à jour le 25 novembre
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