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Nouria Newman
  • Aventure
  • Water Sports

Le meilleur kayakiste au monde est … une femme, française, deux fois moins payée que les hommes

  • 14 avril 2020
  • 13 minutes

Kyle Dickman Kyle Dickman Kyle Dickman est pompier et rédacteur à Outside. Il a passé 5 saisons à combattre les incendies en Californie. Ces reportages ont été nommé aux National Magazine Award.

Élue meilleure kayakiste extrême en 2019, Nouria Newman compte à son crédit certaines des plus dangereuses descentes en eau vive de la planète. Alors, comment se fait-il que celle que l’on considère comme la meilleure de sa discipline, tous sexes confondus, ne parvienne pas à vivre correctement de sa passion, s’interroge notre journaliste qui l’a rencontrée il y a quelques mois.

« Corona Nervous breakdown », ou le confinement vu par Nouria Newman. Postée hier, la vidéo de l’une des plus grandes athlètes du monde, rappelait, s’il en fallait, que ce n’est pas une pandémie qui allait jeter au tapis celle qui a surmonté les rapides les plus impressionnants de la planète. Qu’on en juge. En 2014 Nouria Newman est devenue l’une des dix personnes au monde à descendre en kayak le Site Zed sur le Grand Canyon de la Stikine river en Colombie Britannique, un rapide que la plupart choisissent de contourner par portage. Elle a affronté des chutes de 25 mètres et elle s’est classée dans les dix premiers dans presque toutes les compétitions d’eau vive extrêmes dignes d’intérêt dans le monde. Mais c’est sa descente du Grand Canyon d’Asie, dans l’Himalaya, en août 2018, qui a le plus marqué les esprits. A 25 ans, à plus de 4000 mètres d’altitude, elle a manqué de perdre la vie sur la rivière Tsarap. Elle était alors seule, ce qui est aussi rare en kayak que le freesoloing l’est en escalade.

https://vimeo.com/407513193

Au deuxième jour de sa descente, se souvient-elle, elle affronte un rapide plus puissant que le classe III auquel elle s’attendait. Son bateau se heurte à un rocher et se retrouve coincé entre la roche et la force du courant, juste au-dessus de l’embouchure du siphon. Pendant quatre minutes, elle reste là, l’eau lui dévalant par-dessus la tête. Elle finit par s’en dégager et à jeter son sac de survie sur l’îlot rocheux où elle espère pouvoir grimper en tirant le bateau derrière elle. Mais elle ne réussit pas à sortir du kayak. Lorsqu’elle déplace son poids, la rivière se déverse dans le cockpit ouvert, et Nouria Newman, toujours dans son bateau, se retrouve projetée dans le siphon et rapidement entraînée vers l’aval. S’ensuivent 400 mètres dans une eau agitée de très forts remous. Six minutes après avoir été coincée pour la première fois, Nouria atteint enfin la rive. Le temps qu’elle retourne en amont pour récupérer son sac étanche et refaire le rapide, 45 minutes se sont écoulées. Sur la rive, elle éclate en sanglots. Puis elle allume sa GoPro, réinstalle la jupe de son kayak et se glisse dans le courant. « J’ai froid. J’ai peur », dit-elle entre deux respirations tremblantes. « Et il est temps de continuer. » 

https://youtu.be/Z_O2_M1E7e4

Quelques mois plus tard, en 2019, l’Américain Ben Stookesberry, pagayeur d’expédition professionnel, une référence dans le milieu proclame :  « Pour la première fois, le meilleur kayakiste du monde est une femme ». Plus personne n’en doute. Sauf les sponsors et certains organisateurs d’événements sportifs.

Sur un coup de tête, cap sur l'Inde

Il est vrai que la Kayakiste n’a pas que des soutiens dans le milieu. Au cours des deux années précédant sa consécration, la jeune femme fraichement diplômée en journalisme perd son emploi dans la presse et se fait licencier par l’équipe nationale française de slalom. Elle avait beau avoir remporté une médaille d’argent individuelle aux championnats du monde de 2013 et une médaille d’or par équipe en 2014, les responsables de l’équipe ne supportaient plus qu’elle poursuive une carrière en eau vive, en dehors des limites étroites du slalom. Nouria était alors considérée comme une sorte de star dans le milieu, mais cette éjection en 2017 ne manque pas de la secouer. À l’époque, elle vit dans l’appartement de sa mère dans le sud de la France et ne possède guère plus que ce qu’elle peut mettre dans ses sacs de sport, toujours humides. Sur un coup de tête, elle achète alors un billet pour l’Inde afin de participer à un événement au Malabar River Festival, sur la côte sud-ouest de l’Inde. Elle gagne la course, et commence à préparer son prochain coup. La police l’empêche de pagayer sur les rivières en crue dans le sud-est de l’Inde ?  Nouria s’envole aussitôt vers le nord pour tenter, seule, le Grand Canyon d’Asie. On connait la suite.

Un an plus tard, en 2019, lorsque notre journaliste la rencontre, Nouria est à Voss, en Norvège.
« Désolée d’être en retard », s’excuse-t-elle. La kayakiste a perdu la notion du temps sur un parcours de classe V sur la Raundalselva, rivière d’un gris ardoise. Elle est en combinaison étanche bleue et porte son kayak Jackson bleu sur l’épaule. Nouria est venue à Voss avec Ciarán Heurteau, un cinéaste franco-irlandais de 32 ans qui, comme elle, a abandonné une carrière de slalom réussie pour se consacrer au kayak extrême. Ils tournent une série de vidéos pour Red Bull afin de mettre en avant les meilleurs pagayeurs du monde : Nouria, Aniol Serrasolses, Dane Jackson et Ben Marr. Les fjords qui entourent Voss offrent des rivières et des ruisseaux avec un nombre hallucinant de chutes d’eau et d’eau vive impitoyables. L’autre attraction de la ville est le Festival des sports extrêmes, un rassemblement et une compétition qui attirent les meilleurs athlètes d’escalade et de kayak, ainsi que les adeptes du base jump, du plongeon de falaise et d’autres sports plus marginaux. Entre les prises de vue dans les énormes rapides, Nouria Newman espère l’emporter dans la course en aval du Championnat d’Europe, une épreuve d’eau vive qui se déroulera dans trois jours sur une rivière voisine.

Nouria Newman
Raundalselva, Norvège (Ciaran Heurteau)

Finis les salaires à 6 chiffres

 Le kayak comprend diverses disciplines, et Nouria Newman est l’une des rares athlètes au monde à exceller dans presque chacune d’entre elles. Elle a débuté en slalom, une épreuve olympique. Dans des bateaux en fibre de verre aussi longs, fins et fragiles que rapides, les kayakistes courent à la fois en amont et en aval à travers une série de portes suspendues au-dessus des rapides. Les compétitions de style libre se déroulent, elles, sur des vagues stationnaires ou des trous : dans des embarcations en plastique ou en fibre de carbone, les concurrents utilisent les vagues de la rivière pour entraîner leurs kayaks dans des manœuvres aériennes complexes. Enfin, on trouve aussi des épreuves extrêmes en eau vive comme ici à Voss, où des kayaks lourds foncent dans des chutes d’eau, des blocs ou des rapides à grand débit. Et là, Nouria Newman est la grande favorite. 

Après s’être changée à l’extérieur de la camionnette de Heurteau, elle arrache le couvercle d’une boîte de thon et en aspire le liquide par le haut. Elle confiait récemment que cette année, elle allait essayer de sortir du circuit des « dirtbags », ces pros, vivant très « roots », mais il est clair qu’elle n’a pas encore vraiment atteint son objectif. Non que qui que ce soit gagne vraiment sa vie de façon stable en faisant du kayak de nos jours … Il y a vingt ans, lorsque des sociétés comme Subaru et Nike se sont engouffrées dans le boom éphémère de ce sport, les meilleurs kayakistes pouvaient gagner un salaire à six chiffres. Mais au milieu des années 2000, l’argent s’est tari. Aujourd’hui, l’industrie du kayak est contrôlée par une poignée de marques petites mais bien ancrées, qui n’assurent guère plus de quelques milliers de dollars par an aux athlètes représentant leurs produits. 

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250 jours par an sur l'eau

La seule façon fiable de pagayer à plein temps est d’attirer un sponsor principal. Pour Nouria Newman, c’est Red Bull. Depuis 2013, elle est sponsorisée par la marque de boissons énergétiques qui la paie aujourd’hui environ 13 000 dollars par an. Elle gagne quelques 8 600 dollars de plus grâce aux sponsors du secteur (Jackson, Kokotat, Sweet Protection) et tire un peu plus de revenus de son travail de guide et de ses conférences occasionnelles. En juillet 2019, elle a donné une conférence sur les risques aux dirigeants de boutiques outdoor de Munich pour environ 330 $. « Vraiment beaucoup d’argent ! », dit-elle. Malgré un budget serré, Nouria Newman parvient à pagayer 250 jours par an, plus que presque n’importe qui d’autre dans ce sport. Pour la seule année 2018, elle a pratiqué dans 16 pays. Dans les deux mois qui ont précédé notre rencontre en Norvège, l’athlète a descendu des rivières en France, en Slovénie, en Autriche, en Allemagne, en Italie et en Iran. Lors de cette dernière étape, elle a appris aux enfants de la région à pagayer, à la demande de la Fédération internationale de canoë. Un beau programme qui fait sans doute plus d’un envieux, mais ces derniers temps, faute de moyens financiers suffisants, Nouria Newman commence à se demander combien de temps encore elle va pouvoir tenir le coup. 

Nouria Newman
(Ali Bharmal / Red Bull Content Pool)

C’est l’une des raisons pour lesquelles, à l’époque de notre rencontre, elle aurait préféré être aux États-Unis, plutôt qu’en Norvège, pour participer aux GoPro Mountain Games dans le Colorado, et au championnat de North Fork dans l’Idaho – deux des plus grandes courses dans sa discipline. Remporter la victoire là-bas, voudrait dire quasiment doubler son revenu annuel, grâce aux prix et aux primes de performance de son contrat avec Red Bull. Nouria était la grande favorite de ces deux événements, jusqu’à ce que le département d’État rejette sa demande de visa. La raison officielle était qu’elle n’avait pas assez d’argent sur son compte bancaire pour prouver qu’elle pouvait subvenir à ses besoins. Ce qui était assez vrai. Mais Nouria soupçonne que la vraie raison était que des avions iraniens avaient récemment abattu un drone américain dans le golfe d’Aden, et qu’un tampon récent de la République islamique d’Iran sur son passeport semblait suspect. Nouria a alors dépensé une bonne partie de ce qu’elle gagne habituellement en un an pour engager un avocat afin de faire une nouvelle demande de visa. Vers la fin du processus, elle a même écrit à des amis et des partenaires aux États-Unis pour leur demander de soutenir sa demande. « Je me sens incroyablement chanceuse de pouvoir faire ce que j’aime le plus et ce que je fais le mieux », a-t-elle écrit. « Mais il s’avère que Monsieur l’agent des services d’immigration a raison sur un point. Le kayak d’eau vive n’est pas un vrai métier ».

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Une carrière fulgurante

Enfant unique, Nouria Newman grandit au Villaret du Nial, un petit village près d’une station de ski dans les Alpes françaises. Son père, un expatrié anglais, travaille dans le tourisme. Sa mère, née à Paris, occupe divers emplois, dont la location de skis et l’emballage de chocolat.  Nouria commence à pagayer vers l’âge de quatre ans, peu de temps après avoir vu un kayak en plastique pour la première fois. A huit ans, elle remporte sa première course. En 2006, à l’âge de 14 ans, elle participe au Championnat de France, où elle affronte des adultes. L’événement a lieu à 30 minutes de chez elle, à Bourg-Saint-Maurice, sur une rivière glaciale et tumultueuse – avec un parcours que le Kayakiste Ciaran Heurteau qualifie le plus difficile au monde. Nouria s’y classe cinquième dans la catégorie féminine. À 18 ans, elle obtient l’une des trois places dans l’équipe de France de slalom senior. « Tu es rapide. Si tu réussis une bonne course, tu peux être championne du monde », lui confie son entraîneur. En athlète très impliquée, Nouria s’inflige des entraînements très exigeants. Le week-end ou les jours de repos, elle troque son bateau de course en carbone contre un kayak de style libre en plastique ou un kayak de descente de rivière et file en eaux vives, pour le plaisir. Au final, elle estime s’être entrainée 20 % de plus que ses coéquipières. L’effort est payant. En 2013, elle remporte l’argent aux Championnats du monde de Prague. La victoire lui fait du bien, mais le slalom ne suffit pas à calmer sa soif de sport.

Nouria Newman
(Erik Boomer / Red Bull Content Pool)

Peu de slalomeurs peuvent descendre en eau vive au même niveau que Nouria. Les athlètes qui privilégient la vitesse brute et les performances requises pour le slalom n’ont généralement pas l’estomac pour le danger, l’imprévisibilité et l’aventure de l’eau vive. Mais tout en poursuivant les rapides de classe V loin de la course, Nouria Newman a commencé à rassembler autour d’elle un petit groupe de kayakistes, passionnés comme elle. Parmi eux, Louise Jull, une slalomeuse kiwi. Les deux forment bientôt le noyau dur d’une équipe internationale de kayakistes, composée uniquement de femmes, qui comptera sept membres. Nouria, Jull et leurs coéquipières s’imposent dans des slalom ou des courses extrêmes, et s’illustrent dans des descentes d’anthologie en Norvège et au Chili.

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Des disparitions qui la bouleversent

Mais Nouria a beau faire, il lui devient difficile de concilier sa double vie, entre la compétition en slalom et le kayak en eau vive. Aussi, lorsqu’à l’automne 2014, alors qu’elle se remet d’un accident qui la laissera trois jours dans le coma, elle apprend la disparition de l’un de ses amis, le Péruvien Juan de Ugarte, mort dans un accident de kayak, elle est bouleversée.  Six autres de ses proches allaient mourir au cours des 12 mois suivants, dont son amie Jull. Au printemps 2015, Jull s’entraînait en Nouvelle-Zélande lorsqu’elle a fait un saut périlleux et s’est retrouvée dans un rapide. La boucle de sa jupe s’est accrochée à un tronc d’arbre, elle s’est noyée. Effondrée, Nouria envisage alors d’arrêter complètement le kayak. Mais, sur les conseils d’un psychologue, elle revoit ses priorités.  « Cela a changé ma vie de façon radicale. J’avais toujours pensé qu’obtenir des médailles était essentiel pour moi», dit-elle. « Mais par la suite, j’ai eu une médaille et ça n’a rien changé ».

En mai 2015, Nouria participe à des courses de kayak extrêmes aux États-Unis. Encore en convalescence après son opération, elle remporte la compétition féminine aux Mountain Games GoPro, dans le Colorado. C’est le « début de la fin » de sa carrière de slalom. Plutôt que de « faire des boucles sur des parcours artificiels comme un poisson rouge », elle songe désormais à se consacrer à l’eau vive à plein temps. En 2016, elle obtient sa maîtrise de journalisme … et l’année suivante, la Fédération française de kayak prend la décision à sa place. 

Nouria Newman
(Erik Boomer / Red Bull Content Pool)

« Ils m’ont virée », raconte-t-elle. Le programme d’entraînement de l’élite stipule que si un athlète ne produit pas de résultats, il peut être exclu de l’équipe, or, après son opération, les résultats de Nouria Newman étaient effectivement inconstants. Mais c’était plus que cela. « Vous avez arrêté le slalom il y a trois ans », lui explique le médaillé d’argent olympique tchèque Vávra Hradilek. Nouria devait en convenir, il avait raison : sa véritable passion était devenue l’eau vive. Pourtant, ce licenciement a le goût amer de l’échec. Elle a donc réagi comme elle l’a toujours fait dans les moments difficiles : elle est partie faire du kayak, cette fois seule, sur une rivière au sommet de l’Himalaya indien. 

Après la quasi-noyade en Inde, Nouria avait plus de 329 km d’eau vive à pagayer. Elle a ralenti le rythme. Elle a bien repéré les rapides. Elle a connu la peur et les larmes. Pendant sept jours, elle a pagayé dans un véritable champ de mines, traversant une vingtaine de rapides de classe IV et V, aussi puissants qu’une lance à incendie. « C’était comme un de ces rituels tribaux où un enfant devient un adulte », commente Ciaràn Heurteau. « Quand elle est sortie de la rivière, quelque chose s’était déclenché en elle. Elle avait décidé d’emprunter une nouvelle voie, et cette voie c’était :  pousser plus fort que jamais ! »

Nouria Newman
(Erik Boomer / Red Bull Content Pool)

Le Tsangpo chinois, l'Everest des kayakistes

L’objectif le plus ambitieux de Nouria est maintenant de faire équipe avec l’Américain Ben Stookesberry pour boucler l’intégralité du Tsangpo chinois, une rivière himalayenne, rien moins que l’équivalent du Mont Everest pour certains kayakistes. En 2002, Scott Lindgren et une équipe de sept légendes de l’eau vive ont effectué une descente historique de la Tsangpo. Mais leur exploit fait encore l’objet d’une certaine controverse, leur équipe n’ayant pas descendu la partie inférieure de la rivière. Nouria et Ben espèrent, eux, faire la descente complète. L’argent est un obstacle tout autant que la rivière elle-même. Si l’on inclut les permis et le transport, le coût de l’expédition sera de l’ordre de sept chiffres. Mais Ben pense que s’il y a un kayakiste qui puisse réunir une somme pareille, c’est bien Nouria. Autant grâce à ses talents de communicante qu’à ses dons de pagayeuse.  « Ce qui me frappe, c’est la rapidité avec laquelle elle prend des décisions », explique Ciaran Heurteau qui compare la capacité d’un kayakiste à lire une rivière à celle d’un musicien interprétant une partition. Ce qui lui permet d’envisager son sport avec une grande maîtrise, dissipant ainsi le mythe selon lequel le kayak serait un sport extrême pour têtes brûlées en mal d’adrénaline. « Je ne suis pas une tête brûlée », dit-elle. « Je ne me lancerais pas si je n’étais pas sûre de pouvoir maîtriser la situation ». 

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Nouria a plus de 38 000 followers sur Instagram, un chiffre honorable pour un kayakiste. Mais surtout ses posts sont différents de ceux de la plupart des kayakistes professionnels. Nouria, qui publie maintenant presque tous les jours, offre un mélange de photos de style de vie, d’images de voyage qui font envie, quelques photos de rapides terrifiants et des portraits de ses amis. Chaque photo est accompagnée d’une légende courte mais travaillée. « Nouria est la dernière-née d’une longue lignée de kayakistes féminines exceptionnelles », explique Mariann Saether, pagayeuse professionnelle norvégienne. Ce qui la distingue des autres, dit-elle, ce sont les médias sociaux.

A ce stade, il est difficile de comprendre pourquoi une athlète aussi douée est obligée de constamment se battre pour poursuivre sa carrière. « Pourquoi est-ce que je ne reçois que la moitié de ce que les garçons touchent quand je fais des expéditions ou que je gagne des courses ? », s’interroge Nouria Newman. 
Mariann Saether, kayakiste d’une trentaine d’années, sponsorisée depuis vingt ans, reconnait que Nouria Newman mérite de gagner plus, mais elle ne pense pas que le problème soit lié à des préjugés sexistes. Il n’y aurait tout simplement plus beaucoup d’argent à gagner, dit-elle. Nouria n’est pas en désaccord sur ce point, mais elle considère que les femmes devraient se battre davantage pour obtenir leur part d’un gâteau qui se rétrécit. Elle a déjà menacé une fois de quitter Sweet Protection, son sponsor pour les casques, s’ils ne la dédommageaient pas (Ils lui versent maintenant environ 1 665 dollars par an, ndlr). Elle affirme par ailleurs, que Jackson Kayaks, qui la soutient également, paie certains de ses athlètes masculins plus qu’elle.  Ce qu’a reconnu le président de l’époque, Eric Jackson, rappelant toutefois que le salaire de Nouria se situait tout de même dans la moyenne de celui des kayakistes masculins. « Nous aimerions faire plus, mais nous avons fait des coupes budgétaires. La rémunération de Nouria n’est pas une affaire d’hommes et de femmes. Son chef d’équipe, Emily [Jackson, la fille d’Eric], ne le tolérerait pas. »

Nouria Newman
(Erik Boomer / Red Bull Content Pool)

"Les filles doivent avoir plus d'ego"

Mais Nouria ne doit pas se battre uniquement avec ses sponsors. En juin 2019, quelques semaines avant le championnat d’Europe, elle avait l’intention de participer à une course en Italie. À l’époque, la compétition comportait deux épreuves, un marathon et un sprint final, mais il n’y avait pas de division féminine dans le sprint et donc seule la moitié des prix était ouverte aux femmes. La raison de cette disparité, selon les directeurs de course, tenait au fait que, dans les années précédentes, aucune femme n’avait choisi de participer à l’épreuve de sprint, la plus difficile des deux. Mais il ne leur était pas interdit d’y participer. 

Nouria Newman a alors manifesté son intention de participer aux deux épreuves, mais lorsqu’elle a reçu son formulaire d’inscription officiel, celui-ci indiquait que seuls les 20 premiers hommes du marathon seraient autorisés à participer à la finale du sprint. Elle en a discuté avec les directeurs de l’épreuve qui ont finalement proposé une solution : ils demanderaient aux autres femmes si elles voulaient participer à la finale, à défaut, Nouria pourrait concourir avec les hommes. Au final, trois autres femmes ont voulu participer et la société qui sponsorise l’événement a offert 300 euros de plus pour une catégorie féminine, soit le même montant que pour les hommes. Et Nouria a remporté la course. 
« J’aimerais que les filles aient plus d’ego et montrent au monde entier à quel point elles sont douées. Le kayak est un reflet de la société», aime à dire Nouria, sans doute une des femmes les mieux placées pour en parler.

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