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Khadija “Khadjou” Sambe avec sa planche de surf
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  • Water Sports

Khadjou Sambe : la surfeuse qui vise l’Olympe

  • 7 mars 2019
  • 6 minutes

Anna Kusmer Anna Kusmer Anna Kusmer est pigiste pour la presse écrite et journaliste radio, spécialiste de l’environnement, la science et la santé.

La surfeuse dakaroise suscite l'enthousiasme dans son pays et recrute des fans dans le monde entier. Sa prochaine étape : les Jeux Olympiques de Tokyo, en 2020. Sa qualification va se jouer via son classement final sur le Championship Tour 2019 qui débute en avril.

Quand elle a commencé à surfer, à 14 ans, elle était la seule fille à oser affronter les vagues de Dakar, sa ville. Khadija Sambe, dite Khadjou, a passé son adolescence sur une planche, entourée de ses oncles et de ses cousins, en espérant trouver un jour une communauté de surfeuses avec lesquelles elle pourrait s’entraîner.

Aujourd’hui, Khadjou Sambe a 23 ans. Elle vit dans le Nord de la Californie et pratique tous les jours dans l’objectif de devenir professionnelle, de représenter son pays aux JO de Tokyo en 2020 et d’inspirer une génération de filles sénégalaises. Nous avons passé trois jours avec elle, à San Jose et Santa Cruz. En dépit de son attachement à sa ville d’origine, dès qu’elle entre dans l’eau, elle se sent à nouveau chez elle.

Khadjou Sambe attend la vague aux côtés d'autres surfeurs
Khadjou Sambe est partout chez elle dans l'eau. (Anne Wernikoff)

A Santa Cruz, on la trouve facilement sur son spot de surf préféré, Pleasure Point, aux déferlantes dominées par de spectaculaires falaises. Le spot lui rappelle celui où elle a commencé le surf, sur l’île de Ngor, en face de Dakar. Ce matin, ils sont des dizaines à dériver dans l’eau sur leurs planches, ballotés comme du bois flotté. On repère facilement Khadjou à ses longues tresses et son surf bleu vif. À mi-hauteur de la falaise, sa coach, Rhonda Harper, l’observe en prenant des photos et des notes sur sa technique, son placement et ses choix de vagues.

Khadjou Sambe rit avec sa coach Rhonda Harper sur la plage
Khadjou Sambe et sa coach Rhonda Harper. (Anne Wernikoff)

Impossible de concourir officiellement

Rhonda Harper est coach de surf et juge de compétition depuis des décennies. En 2014, déplorant l’absence de femmes noires dans le monde du surf, elle a fondé Black Girls Surf, une association qui veut transformer des filles et femmes noires en professionnelles de la discipline. Elle est tombée sur Khadjou Sambe en 2016, alors qu’elle regardait des photos de surfeurs dakarois sur Internet. Notant qu’une fille apparaissait souvent sur les photos, elle a activé des contacts sur place afin de savoir de qui il s’agissait. À l’époque, la jeune femme est prof de surf et rêve de devenir professionnelle. Seule surfeuse de tout le Sénégal, il lui est impossible de concourir officiellement : elle n’attend que de prendre son envol et d’entrer en contact avec le monde du surf pro.

Rhonda Harper est finalement parvenue à joindre Khadjou Sambe. Pendant deux ans, elles se sont envoyé quotidiennement des messages sur Facebook et WhatsApp, avant que la jeune Sénégalaise n’arrive enfin aux États-Unis pour commencer l’entraînement. “Khadjou n’arrêtait pas de me demander quand elle pourrait venir”, explique Rhonda Harper. Quand son avion a enfin atterri sur le tarmac de l’aéroport de San Jose en juillet dernier, Khadjou et Rhonda se sont rencontrées pour la première fois. “Toutes les deux, on avait un énorme sourire sur le visage, précise Harper. En la voyant, j’ai pensé: ‘Ça, c’est ma frangine.’”

Khadjou Sambe au cour de la vague
Khadjou Sambe au coeur de la vague. (Anne Wernikoff)

Le mal du pays

Khadjou Sambe quittait alors le Sénégal pour la première fois, et elle envisage déjà de parcourir le monde pour participer à des compétitions de surf. Pour représenter son pays à Tokyo, elle doit entrer dans le top 10 de la World Surf League (WSL) en participant à des épreuves officielles. Elle est actuellement l’un des trois membres sénégalais de la WSL - et la seule femme. “J’adore le surf, et je veux représenter mon pays, mais aussi les filles”, dit-elle. Si elle se classe assez haut, elle pourra se mesurer à des centaines de compétitrices. Le but?  Obtenir l’une des 20 places extrêmement convoitées pour les Jeux de 2020 ; le surf y fera ses débuts en tant que sport olympique. Sa prochaine escale ? Lima, au Pérou, où elle participera en juillet prochain aux Jeux panaméricains.

Khadjou Sambe s'étire
L'entraînement de Khadjou Sambe commence à porter ses fruits. (Anne Wernikoff)

Depuis son arrivée en Californie, Khadjou s’entraîne avec Rhonda, qui la coache gratuitement. Le matin, elle se réveille à six heures dans l’appartement qu’elle partage avec elle, prend son petit-déjeuner, puis descend vers la salle de sport. Elle court presque quotidiennement six kilomètres sur le tapis, et fait de la muscu pour renforcer ses bras, ses jambes et sa ceinture abdominale. Parfois, elle renâcle à l’idée d’aller à la salle, mais Harper a remarqué qu’elle devenait plus solide : “Un jour, elle est entrée dans la salle et j’ai remarqué qu’elle avait des biceps impressionnants, explique la coach, en riant. ‘On dirait bien que ça marche...’, lui ai-je fait remarquer”. Elles essaient d’entrer dans l’eau vers huit heures pour attraper les vagues à Santa Cruz ou à Pacifica. Khadjou Sambe surfe alors jusqu’à quatre heures d’affilée. Après chaque séance, Rhonda Harper lui montre ses photos et la conseille. Après le déjeuner, la surfeuse va s’entraîner sur la terre ferme, ou bien dans l’eau pour quatre heures de rab.

Khadjou Sambe envoie un texto
Khadjou Sambe communique beaucoup avec sa famille restée au Sénégal. (Anne Wernikoff)

Elle se couche souvent tard, sacrifiant ses heures de sommeil à des échanges nourris avec sa famille et ses amis du Sénégal. C’est sa grand-mère qui lui manque le plus ; là-bas, elle vivait avec elle. Dans son pays, certains sont sceptiques à la simple idée d’une femme surfeuse, mais elle explique que sa grand-mère l’a toujours encouragée : “Elle me dit tout le temps d’y aller, d’y aller à fond même.” Les plats de son pays lui manque également – un bon thiéboudiène ou un mafé bien chaud – tout comme le spot de surf situé juste à côté de chez elle, à Dakar

Gros plan sur les cheveux de Khadjou Sambe de dos
(Anne Wernikoff)

Une notoriété grandissante

Au Sénégal, il n’est pas toujours facile  de s’imposer comme surfeuse. “C’est un pays musulman, et quand tu es une fille là-bas, tu finis l’école, tu te maries, tu restes à la maison, tu fais la cuisine et tu fais un bébé”, explique Sambe. Elle est fière de son identité musulmane, mais affirme ne pas s’identifier à ce mode de vie. Quand elle était plus jeune, elle se faufilait par la fenêtre pour aller surfer le break situé juste à côté. Selon elle, il existe un autre frein à la pratique féminine du surf au Sénégal : de nombreuses femmes craignent que leur peau ne s’assombrisse au soleil. Une idée reçue qu’elle a bien l’intention de battre en brèche.

Khadjou Sambe montre une image de surfeur sur son téléphone
Khadjou Sambe rêve de développer le surf féminin au Sénégal. (Anne Wernikoff)

Il a suffi qu’une vidéo de Khadjou Sambe soit diffusée sur une chaîne de télévision locale californienne, en septembre dernier, pour qu’elle devienne un phénomène du jour au lendemain. Des centaines de personnes l’ont alors découverte sur Facebook, au Sénégal et dans le monde entier. Sa coach explique que les dons ont immédiatement afflué pour les aider à financer un voyage au Japon, où se tenait une compétition, même si elles ont dû renoncer au projet pour cause de complications posées par les services d’immigration. Des mois plus tard, Rhonda Harper reçoit encore dix appels par jour du Sénégal et Khadjou a comptabilisé des centaines de demandes d’amis sur Facebook, émanant de fans sénégalais. “Depuis peu, elle est une célébrité, explique Harper. Quand elle reviendra là-bas, elle sera immense.

Khadjou Sambe au soleil
(Anne Wernikoff)

Encourager les surfeuses africaines et afro-américaines est une vocation pour Rhonda Harper. “C’est très difficile de s’intégrer dans le milieu du surf, surtout pour les filles de couleur, détaille-t-elle. Tu pénètres dans un univers majoritairement blanc, et il peut être très pénible d’obtenir les ressources dont tu as besoin pour avancer.” La coach lève des fonds à travers les dons et les ventes de produits Black Girls Surf, afin de financer les voyages et les frais quotidiens de Khadjou Sambe.

Une école de surf à Dakar

En janvier, quatre autres filles ont retrouvé Rhonda Harper et Khadjou Sambe à San Jose, pour s'entrainer ensemble. Selon la coach, lorsque Khadjou surfe avec d’autres filles noires, elle s’illumine. “Elle devient une personne différente, précise-t-elle. Les voir dans l’eau en train d’interagir, c’est un vrai instant ‘black girl’.”

Khadjou Sambe surfe une vague
Khadjou Sambe en pleine action. (Anne Wernikoff)

Au-delà de son rêve olympique, Khadjou Sambe souhaite communiquer son amour du surf aux autres filles de Dakar, où elle a travaillé six ans comme monitrice de surf. Elle donnait principalement des cours à des touristes occidentaux, mais veut désormais travailler avec des filles sénégalaises. “J’ai envie que ça marche pour les Noires aussi, pour toutes les filles, pas seulement pour moi”, explique-t-elle. Elle envisage d’ouvrir une école de surf dans la capitale dont elle a déjà commencé à définir le cadre avec l’aide de Harper.

Khadjou Sambe se sent chez elle dès qu'elle se jette à l'eau. (Anne Wernikoff)

Même si Khadjou Sambe ne se qualifie pas pour les Jeux de 2020 à Tokyo, sa célébrité sur Internet et son école de surf pourraient instiller une nouvelle culture du surf féminin au Sénégal. “Elle montre la voie à toute une génération, explique Harper. Avec un peu de chance, les Sénégalaises n’auront pas à vivre tous les combats qu’elle a dû mener, elles l’auront comme modèle et pourront lui demander des conseils.” Sambe ne sait pas ce que l’avenir lui réserve, mais elle sait qu’arrêter le surf n’est pas une option. “Quand je suis dans l’eau, c’est comme si je n’avais jamais vécu ailleurs. Comme si les vagues m’appartenaient”, conclut-elle.

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