Le 18 mars 2025, Katie McKinstry Stylos est entrée dans l’histoire du dry tooling en devenant la première femme à enchaîner Parallel World, une voie extrême cotée D15+/D16, dans l’immense dévers de Tomorrow’s World au cœur des Dolomites italiennes. Un exploit de taille puisqu’un D15 correspond à peu près à un M15 en mixte et à un 9a en escalade sportive. Très peu d’hommes dans le monde ont atteint le niveau D16, et aucun ne l’a dépassé à ce jour.
Une ascension fulgurante
Katie McKinstry Stylos a commencé à grimper en 2015, mais ce n’est qu’en 2021 qu’elle s’est attaquée aux voies les plus dures. Un an plus tôt, elle découvre le dry tooling et se prend de passion pour cette discipline de niche, où les grimpeurs progressent sur des voies d’escalade (sans glace) à l’aide de piolets et de crampons.
En 2021, elle se rend pour la première fois à Tomorrow’s World et enchaîne Edge of Tomorrow (D13), une référence. Deux ans plus tard, elle grimpe son premier D14, puis s’attaque à A Line Above the Sky (D15), première voie de ce niveau au monde, réputée pour son endurance extrême. L’enchaîner est déjà un aboutissement, mais Katie voit plus loin.
L’école de l’échec
À l’automne 2024, elle retourne en Italie avec une voie en tête : Parallel World, l’une des voies les plus dures au monde, ouverte par Tom Ballard. Mais les premiers essais sont loin de se passer pas comme prévu. Deux prises importantes ont disparu, rendant les mouvements plus difficiles. Les pas sont immenses, à la limite de sa taille (1,67 m avec une envergure de 1,73 m). Contrairement à l’escalade classique, où la technique et la souplesse permettent de contourner certaines difficultés, le dry tooling laisse peu de marge : il faut pouvoir verrouiller les lames dans des prises minuscules et engager des mouvements dynamiques malgré le lest des crampons.
Pendant huit semaines, elle se bat sans réel progrès. Elle repart frustrée. Jusqu’ici, elle avait gardé son projet secret pour éviter la pression. Mais elle réalise que la pression qu’elle se met elle-même est bien plus lourde que le regard des autres. Elle partage alors ses doutes et décide de revoir son approche.
Trois mois d’entraînement total
Si Katie est connue pour sa résistance hors norme, la puissance restait son point faible. Elle suit alors un programme d’entraînement rigoureux : trois mois de travail intensif, cinq jours sur sept, quatre heures par jour.
Son partenaire, Kevin Lindlau, lui construit une réplique de Parallel World dans un hangar à Bozeman. Elle répète chaque mouvement inlassablement, lestée d’un gilet de cinq kilos. Elle mémorise chaque séquence et développe sa puissance.
Elle s’impose une discipline de fer : même quand ses amis s’accordent une pause, elle maintient le cap. « Katie ne dévie jamais de son objectif. Quand elle décide de réussir quelque chose, elle s’y engage à 100 % », confie son compagnon.
Le jour parfait
Mars 2025. Retour aux Dolomites. Cette fois, elle grimpe sans attente et accepte une issue incertaine.
Le matin du 18 mars, sous l’imposant dévers de Tomorrow’s World, tout s’aligne. Les premières longueurs (D10) passent sans heurt, les clips s’enchaînent de façon fluide, et elle atteint le toit en quelques minutes. Puis arrivent les vraies difficultés.
La voie se redresse brutalement. Finis les repos. Place à une séquence ininterrompue de mouvements physiques, où chaque suspension sollicite les avant-bras jusqu’à la rupture. Le crux approche : un passage où elle doit pivoter à 360° sur ses piolets, inverser la prise et réajuster ses pieds en pleine suspension. Au moindre faux mouvement, c’est la chute.
Le dernier jeté est une épreuve en soi : une impulsion millimétrée vers une prise minuscule. Elle rate une première fois. Puis une seconde. Ses muscles sont tétanisés. Une troisième tentative et cette fois, ça tient ! Elle clippe le relais et pousse un cri de joie.
Une avancée pour le drytooling
Katie n’a pas encore pris pleinement conscience de son exploit, mais elle en mesure la portée : « j’espère inspirer d’autres grimpeuses, comme Angelika Rainer l’a fait pour moi, » confie-t-elle, en référence à la première femme à avoir enchaîné A Line Above the Sky (D15). Tandis que son compagnon, Kevin Lindlau, nous explique que « ce n’est pas juste une victoire pour Katie, c’est une vraie avancée pour la discipline. Beaucoup pensaient cette voie impossible pour une grimpeuse aussi petite. Elle prouve le contraire ».
Chris Snobeck, un des premiers grimpeurs dans le D15, abonde : « Briser ce plafond de verre ici, à Tomorrow’s World, le temple du dry tooling, donne encore plus de poids à sa performance ».
Avec cette ascension, Katie McKinstry Stylos ne se contente pas de repousser ses propres limites. Elle ouvre une nouvelle voie à toute une génération.
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