Le rêve de Jean Rouaux, moniteur d’escalade de 22 ans ? Gravir un sommet à l’autre bout du monde. Rien de plus banal, à un détail près : c'est à vélo que depuis Chamonix il a entrepris de rejoindre le camp de base de son objectif, l’Ama Dablam (6812 m). Un périple de 12 000 kilomètres à travers l’Europe et l’Asie qu’il est sur le point de boucler, à raison de 180 km par jour. Profitant de l'un de ses jours de repos, il nous explique comment il s’est lancé dans une aventure certes vertueuse mais non dénuée de contradictions.
« Day 51 of cycling from Chamonix to Nepal » annonce Jean Rouaux depuis son vélo, le sourire aux lèvres sur son dernier réel Instagram. S’enchaînent ensuite des images de sommets enneigés, entrecoupées d’instants de vie avec les locaux. Des vidéos comme ça, le moniteur d’escalade de 22 ans en a cinquante sur son compte qui cumule des dizaines de milliers de vues.
Le parcours de Jean passionne. Mieux, il inspire. C’est d’ailleurs ce qui le motive à partager chaque jour son parcours sur les réseaux sociaux. « Je suis un peu flemmard quand il s’agit de prendre des photos ou de faire des vidéos » explique-t-il. « Alors j’essaie de ne pas y dédier plus de quinze minutes par jour. Je fais ça pour garder des souvenirs. Mais surtout pour partager mon projet. Un moyen de dire que l’aventure, on peut la vivre à partir de la maison. En faisant un long voyage à travers plein de pays ».

« On vit un sacré paquet de choses sur le vélo ! »
Plus d’un mois après son départ de Chamonix, Jean raconte les détails de son périple avec une grande énergie. « Je suis parti le 10 août, à vélo. Mon objectif : gravir un sommet à l’autre bout du monde. L’Ama Dablam. À 12 000 kilomètres de chez moi. Soit deux mois de vélo […] À Chamonix, c’est quelque chose d’assez courant de partir à l’autre bout du monde pour aller grimper des montagnes » explique-t-il. « Mais j’ai toujours pensé qu’il allait me manquer une petite partie du voyage si je faisais les choses ainsi. L’idée, elle m’est venue l’année dernière, lorsque j’ai fait mon premier voyage à vélo [une boucle à travers les pays de l’Est, en direction du Cap Nord, ndlr]. J’ai trouvé ça génial comme façon de voyager. Parce que l’on vit un sacré paquet de choses sur un vélo ».
« Quand on passe autant d’heures en selle, ça donne envie d’aller loin, carrément à l’autre bout du monde » poursuit-il. « Le vélo, c’est pour moi un vrai symbole de liberté. Peu importe où l’on passe, tout le monde a déjà fait du vélo. Les gens sont très curieux, viennent toujours vers toi. Et au-delà de te permettre de traverser toutes les frontières terrestres, c’est un outil merveilleux. Ça permet de franchir certaines barrières. Comme les langues, la culture. C’est de là qu’est venue cette envie. Cette recherche d’aventure ».
« À l'Ama Dablam, je vais faire de l’alpi-tourisme sur des cordes fixes, c’est bizarre »
« Avant de partir en direction de l’Ama Dablam, je n’avais jamais quitté le continent, et n’avais jamais été plus haut que le mont Blanc » détaille Jean « Alors je me suis dit : ‘Tiens, faire ça à vélo, c’est encore plus marrant’. Mais attention hein, j’ai quand-même plein de contradictions. Je vais faire le retour en avion. C'est une question de timing, notamment météo, et puis, je dois être de retour pour l’examen du guide début 2025. Je ne porte pas le matériel d’ascension avec moi. Et je vais faire de l’alpi-tourisme sur des cordes fixes – c’est bizarre pour moi qui fait de la montagne en style alpin. Ce sont plein de petites incohérences. Mais je crois que sinon, on ne fait rien ».
« Je me rends compte que j’ai vraiment de la chance » analyse Jean. « Je suis dans une période de ma vie où je bosse en saison, où j’ai du temps pour ça. Donc j’en profite. Pas grand monde peut se libérer trois mois pour aller à l’autre bout du monde ! D’autant que je ne suis pas du tout un cycliste. Je suis plus un grimpeur et un skieur. En fait, je ne suis tellement pas un cycliste que je suis parti en pédales plates. Je ne roule pas avec les pédales automatiques de vrais cyclistes. Sinon j’ai mal aux genoux parce que mes articulations ne sont pas du tout habituées à ça. Mais j’ai réalisé qu’il n’y avait pas besoin d’être bon à vélo pour aller très loin. Je fais les mêmes distances que les gens qui sont assez bons [180 kilomètres par jour, ndlr]. Mais par contre, je roule deux fois plus longtemps. Quoiqu'il en soit, c’est quand-même grisant de parcourir tous ces paysages ! »

« La Chine, c’est un autre monde qui commence »
Mais son voyage n’est pas un long fleuve tranquille. « Autant l’Europe, ça a été. […] Les difficultés ont commencé au Kazakhstan » raconte Jean. « Le plus dur, c’était le vent. Parce qu’au milieu du désert, on ne peut pas s’abriter derrière un arbre. J’ai eu dix jours de vent de face. C’était vraiment dur psychologiquement. Parce que tu pédales aussi fort que d’habitude, mais tu vas deux fois moins vite. C’était vraiment pénible. La Chine, ça m’a fait bizarre. C’est un autre monde qui commence. Si bien qu’après avoir fini la route du Karakoram, je me suis dit ‘ça y est, le voyage commence’. Je me suis alors retrouvé par 37 degrés en plein après-midi. Avec la pollution, les pots d’échappement, le bruit, la circulation dans tous les sens. Et deux motos de policiers qui m’ont suivi toute la semaine ».
Jean devrait arriver au camp de base de l’Ama Dablam dans moins de dix jours. Une fois sur place, il a prévu de récupérer de son périple à vélo avant de s’attaquer à l’ascension. « Je ne me suis pas pesé. Mais à vue d’œil, j’ai perdu plus de cinq kilos. Le vélo, ça creuse. Là, j’ai une sacrée forme physique. Avec un peu de repos, je vais surcompenser. J’ai l’habitude de fonctionner ainsi. De me créer une grosse fatigue, prendre du repos et revenir encore plus fort ».
Article publié le 2 octobre 2024, mis à jour le 4 octobre.
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